1. Le critère. Idée : deux notions emboîtées se distinguent par leur champ et par leur horizon. Le développement humain désigne l'amélioration de la situation de l'Homme : satisfaction des besoins fondamentaux (santé, éducation, logement, revenu) et réduction des inégalités sociales entre les membres de la génération présente — c'est une dimension intra-générationnelle. Le développement durable reprend ces préoccupations et y ajoute la sauvegarde de l'environnement naturel, afin que les générations futures puissent satisfaire leurs besoins à leur tour — dimension inter-générationnelle. Le critère est donc double : qui est concerné (les hommes d'aujourd'hui / aussi ceux de demain) et quoi (besoins et inégalités / aussi ressources et écosystèmes).
2. Classement justifié. Idée : appliquer le critère à chaque mesure, sans se laisser guider par le fait qu'elle soit « bonne » ou « mauvaise ».
- M1 → (a) : la vaccination satisfait un besoin fondamental (santé) de la génération présente et réduit l'inégalité entre zones rurales et urbaines ; c'est du développement humain, donc aussi du développement durable (voir 3).
- M2 → (b) : l'interdiction protège une ressource renouvelable pour qu'elle existe encore dans dix ans ; elle ne satisfait aucun besoin fondamental des ménages d'aujourd'hui (elle réduit même l'offre de poisson à court terme) : dimension durable seule, orientée vers les générations futures.
- M3 → (d) : la production augmente, donc le PIB augmente, mais sans amélioration des besoins fondamentaux et avec des rejets de charbon non traités qui dégradent l'environnement ; c'est de la croissance qui va contre la dimension durable.
- M4 → (a) : les bourses améliorent l'accès à l'éducation et réduisent une inégalité de genre et une inégalité régionale : développement humain.
- M5 → (b) : la substitution du solaire au fioul réduit la pollution et l'épuisement d'une ressource non renouvelable ; l'effet sur les besoins fondamentaux d'aujourd'hui est indirect ; la mesure vise d'abord l'environnement et les générations futures.
- M6 → (c) : le logement social satisfait un besoin fondamental des ménages pauvres (développement humain), alors que la faible consommation d'énergie ménage les ressources pour l'avenir (dimension durable) : les deux à la fois.
3. Interprétation. Idée : l'emboîtement des notions se lit sur les cas M1 et M2, la rupture entre croissance et développement sur le cas M3. Le développement durable est plus large que le développement humain : il contient toutes ses préoccupations et en ajoute une. Ainsi M1, mesure de développement humain, est automatiquement une mesure de développement durable, car satisfaire les besoins de la génération présente fait partie de la définition du développement durable. En revanche M2 relève du développement durable sans relever du développement humain : elle ne s'adresse qu'aux générations futures et à la ressource naturelle. L'inverse n'est donc pas toujours vrai, exactement comme un cercle plus large contient le plus petit sans lui être identique. Le cas M3 montre que la croissance n'est qu'une augmentation des quantités produites : elle peut coexister avec une absence de progrès humain et avec une dégradation de l'environnement. La croissance est une condition souvent nécessaire au développement, mais elle n'en est ni la définition ni la garantie.