Étude de texte — compréhension (7 points), dans l'esprit du contrôle 2024
A- Compréhension (7 points). Toutes les réponses doivent être entièrement rédigées.
Le narrateur, aujourd'hui étudiant, raconte comment il est devenu lecteur.
Rien ne me destinait aux livres. À douze ans, je vivais les yeux rivés sur l'écran de mon smartphone, et mes soirées se perdaient entre les jeux en ligne et les vidéos que mes camarades s'échangeaient sur les réseaux sociaux. Tout commença par un accident : un matin d'octobre, le téléphone m'échappa des mains dans l'escalier du collège et son écran vola en éclats. Mon père refusa de le faire réparer avant la fin du trimestre. Je tournai en rond pendant trois soirs, puis, par ennui plus que par curiosité, je tirai de l'étagère de ma mère un gros roman à la couverture jaunie, Le Comte de Monte-Cristo. Je ne le reposai qu'au petit matin, impatient de savoir si Edmond Dantès sortirait vivant du château d'If. Quelques semaines plus tard, ma tante, bibliothécaire dans notre quartier, m'inscrivit à la bibliothèque publique sans me demander mon avis et me confia une carte de lecteur à mon nom. Chaque mercredi, elle mettait de côté pour moi un roman d'aventures, et elle exigeait que je lui en raconte la fin avant d'en emporter un autre.
Dès lors, les livres ne me quittèrent plus. Je lisais partout : dans le bus du matin, pendant la récréation, à table même, un roman ouvert à côté de mon assiette, jusqu'à ce que ma mère le referme d'un geste agacé. La nuit, je poursuivais ma lecture sous la couverture, à la lueur d'une lampe de poche, en guettant les pas de mon père dans le couloir. L'argent de poche qui filait autrefois en recharges téléphoniques partait désormais chez les marchands de livres d'occasion du souk, où je fouillais les caisses pendant des heures. Chaque livre était un navire, et je m'embarquais sans billet : je descendais le Mississippi avec Huckleberry Finn le lundi, je traversais la Sibérie avec Michel Strogoff le jeudi, et je ne rentrais au port qu'à regret, quand ma mère m'appelait pour le dîner. Mes amis se moquaient de moi ; je les écoutais à peine, déjà impatient de retrouver la page cornée où j'avais laissé mon héros.
Ces lectures ont changé ma vie d'élève. Moi qui rendais des rédactions de cinq lignes, je me mis à écrire des pages entières sans chercher mes mots ; les phrases me venaient toutes faites, avec leurs virgules et leurs images, comme si les romanciers que j'avais lus me les soufflaient à l'oreille. En troisième année, ma professeure de français lut ma copie à haute voix devant toute la classe, puis l'afficha dans le couloir. Au baccalauréat, j'obtins en français la meilleure note de mon lycée. Aujourd'hui encore, quand mes voisins font défiler leurs écrans dans le métro, j'ouvre le livre qui ne quitte jamais mon sac.
Passage écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.
- Au début du texte, le narrateur évoque deux faits qui ont éveillé en lui le goût de la lecture. Quels sont ces deux faits ? (2 points)
- Le narrateur devient un lecteur passionné.
- De quelles manières se manifeste cette passion ? Citez-en deux. (2 points)
- Relevez, dans le deuxième paragraphe, un procédé d'écriture qui rend compte de cette passion. (1 point)
- Quel avantage le narrateur a-t-il tiré de ses lectures ? Justifiez votre réponse par un indice textuel relevé dans le dernier paragraphe. (2 points)
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1. Idée : « Au début du texte » limite la recherche au premier paragraphe, et « deux faits » attend deux événements distincts — ce qui est arrivé au narrateur, pas ce qu'il a ressenti —, chacun reformulé puis appuyé par une citation. Premier fait : le narrateur perd l'usage de son smartphone, dont l'écran se brise et que son père refuse de faire réparer ; privé de son écran, il ouvre par ennui un roman de sa mère et le lit d'une traite — « le téléphone m'échappa des mains dans l'escalier du collège et son écran vola en éclats », « Je ne le reposai qu'au petit matin ». Second fait : sa tante bibliothécaire l'inscrit à la bibliothèque publique et lui réserve chaque semaine un roman d'aventures — « me confia une carte de lecteur à mon nom », « Chaque mercredi, elle mettait de côté pour moi un roman d'aventures ». Un point par fait. « Il s'ennuyait » n'est pas un fait mais la conséquence du premier ; « il vivait sur les réseaux sociaux » décrit sa vie d'avant, pas ce qui l'a conduit aux livres.
2.a Idée : « Citez-en deux » attend deux manifestations distinctes, de préférence prises dans deux domaines différents (le lieu, le moment, l'argent, les relations), chacune reformulée avant d'être citée. Le narrateur lit partout et à tout moment, jusqu'à table — « un roman ouvert à côté de mon assiette ». Il lit la nuit en cachette — « sous la couverture, à la lueur d'une lampe de poche ». Il consacre tout son argent de poche aux livres — « partait désormais chez les marchands de livres d'occasion du souk ». Il s'isole de ses amis et reste indifférent à leurs moqueries — « Mes amis se moquaient de moi ; je les écoutais à peine ». Deux de ces manifestations suffisent, un point chacune ; « dans le bus du matin » et « pendant la récréation » disent la même chose — il lit partout — et ne comptent que pour une.
2.b Idée : le procédé doit être pris dans le deuxième paragraphe et dire la passion ; on le relève, on le nomme, et une phrase sur son effet prouve le lien avec la question. Le procédé le plus net est la métaphore filée du voyage en mer : « Chaque livre était un navire, et je m'embarquais sans billet », prolongée par « je ne rentrais au port qu'à regret ». Lire devient partir : la métaphore traduit l'évasion que le narrateur trouve dans les livres et le regret de devoir en revenir. On accepte aussi l'énumération des lieux de lecture « dans le bus du matin, pendant la récréation, à table même », qui montre que la lecture envahit toute sa journée, ou l'opposition entre « autrefois » et « désormais » dans la phrase sur l'argent de poche, qui oppose le téléphone d'hier aux livres d'aujourd'hui. Un procédé relevé sans être nommé ne suffit pas.
3. Idée : « Quel avantage » attend un bénéfice nommé par un mot abstrait ; l'indice doit venir du dernier paragraphe, puisque la consigne l'impose. Ses lectures lui ont apporté la réussite scolaire, et d'abord l'aisance à l'écrit : il écrit sans peine et ses copies deviennent des modèles. Indices du dernier paragraphe : « je me mis à écrire des pages entières sans chercher mes mots », « ma professeure de français lut ma copie à haute voix devant toute la classe » ou « j'obtins en français la meilleure note de mon lycée ». Un point pour l'avantage, un point pour l'indice. La dernière phrase, « j'ouvre le livre qui ne quitte jamais mon sac », montre que sa passion dure : c'est une manifestation, non un avantage.