Essai (10 points) dans l'esprit des sujets Sciences techniques et Sport : un souvenir d'enfance marque-t-il pour toujours ?
II- ESSAI (10 points)
« Trente ans ont passé. Je croyais avoir tout oublié de cette nuit où l'oued avait envahi notre maison ; il a suffi d'un orage, la semaine dernière, pour que la peur de l'enfant que j'étais revienne, intacte. » (Phrase tirée d'un récit autobiographique écrit pour l'exercice.)
Pensez-vous qu'un souvenir d'enfance, heureux ou douloureux, puisse laisser une trace définitive dans la vie d'un adulte ?
Vous développerez, à ce propos, un point de vue personnel en vous appuyant sur des arguments et des exemples précis.
Travail demandé. Rédigez l'essai en entier. Au brouillon, commencez par l'analyse du sujet : les mots-clés, la problématique, le plan.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
Analyse du sujet (brouillon). Idée : chaque groupe de mots du sujet impose une partie du travail. « Un souvenir d'enfance » : non pas n'importe quel souvenir, mais un moment vécu dans les premières années, à l'âge où la personnalité se forme. « Heureux ou douloureux » : les deux sortes de souvenirs doivent être traitées ; une copie qui ne parle que des traumatismes n'a fait que la moitié du chemin. « Définitive » : c'est le mot qui ferme la question. Personne ne doute qu'un souvenir d'enfance marque ; on demande si cette marque est irréversible, si l'adulte ne peut ni l'effacer ni en changer le sens.
Idée : le mot « définitive » appelle un plan dialectique, tranché dans la synthèse. Plan : I. certains souvenirs d'enfance façonnent durablement l'adulte (identité, vocation, blessures) ; II. cette trace n'est pourtant pas toujours définitive (oubli, résilience, leçon tirée du passé) ; synthèse : la trace demeure, son sens peut changer, et c'est l'adulte qui décide de ce qu'elle devient.
Essai rédigé — un modèle parmi d'autres : la position est libre, pourvu qu'elle réponde au mot « définitive ».
Introduction. Une odeur de pain chaud, une chanson entendue à la radio, le bruit de la pluie sur un toit de tôle : il suffit parfois d'un détail pour que l'adulte redevienne, l'espace d'un instant, l'enfant qu'il a été. Le souvenir d'enfance, c'est-à-dire l'image que la mémoire garde d'un moment vécu dans les premières années, accompagne ainsi chacun tout au long de sa vie ; une trace « définitive » serait une marque que ni le temps ni la volonté ne pourraient effacer. Nous pouvons alors nous demander si un souvenir d'enfance, heureux ou douloureux, décide pour toujours de la vie d'un adulte, ou si celui-ci peut s'en détacher, l'oublier ou lui donner un autre sens. Nous verrons d'abord que certains souvenirs d'enfance façonnent durablement une existence, puis que cette empreinte n'est pas toujours irréversible.
Première partie — des souvenirs qui façonnent durablement. En effet, les souvenirs heureux de l'enfance fondent souvent l'identité de l'adulte : ils lui donnent le sentiment d'avoir été aimé et relient l'enfant qu'il était à la personne qu'il est devenue. Dans Du côté de chez Swann, Marcel Proust montre qu'il suffit au narrateur adulte de goûter une madeleine trempée dans du thé pour que tout Combray, le village de ses vacances d'enfant, ressurgisse de sa mémoire. Ensuite, un souvenir d'enfance peut orienter toute une vie : une rencontre, un maître, un encouragement font parfois naître une vocation. Albert Camus, fils d'une famille pauvre d'Alger, n'a jamais oublié Louis Germain, l'instituteur qui l'avait poussé à poursuivre ses études ; devenu prix Nobel de littérature en 1957, il lui a dédié ses Discours de Suède. Enfin, les souvenirs douloureux laissent eux aussi des traces profondes. Dans le premier livre des Confessions, Rousseau raconte qu'enfant il fut puni pour un peigne cassé qu'il n'avait pas brisé ; des dizaines d'années plus tard, il affirme sentir encore son pouls s'élever en écrivant cette scène, qui mit fin selon lui à la sérénité de son enfance. De même, beaucoup d'enfants qui ont connu la guerre, l'exil ou une catastrophe gardent, une fois adultes, des peurs qu'un bruit ou une image suffit à réveiller, comme le narrateur du sujet devant l'orage.
Deuxième partie — une trace qui n'est pas toujours définitive. Cependant, ce qu'un souvenir a marqué, la vie peut le transformer. D'abord, la mémoire elle-même oublie : la plupart des adultes ne gardent presque aucun souvenir de leurs trois premières années, et bien des images d'enfance s'effacent ou se déforment avec le temps sans que la vie en soit bouleversée ; le narrateur du sujet a lui-même vécu trente ans en croyant « avoir tout oublié » : un souvenir peut dormir longtemps sans gouverner une existence. Ensuite, un souvenir douloureux n'enferme pas forcément dans le malheur. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, qui échappa à six ans à une rafle pendant la Seconde Guerre mondiale et perdit ses parents en déportation, a fait connaître en France la notion de résilience : la capacité de se reconstruire après un traumatisme, grâce au soutien des autres, à la parole ou à l'écriture. Rousseau lui-même a fait de son humiliation d'enfant une page de littérature. Enfin, l'adulte peut tirer une leçon de son passé au lieu de le subir : l'élève humilié devant sa classe devient parfois l'enseignant le plus attentif à ne blesser personne. À l'inverse, une enfance heureuse ne protège pas de tout : elle ne garantit ni la réussite ni le bonheur de l'âge adulte, qui dépendent aussi des choix, des rencontres et des épreuves à venir.
Synthèse. Ainsi, un souvenir d'enfance laisse bien une trace, mais cette trace n'est définitive que dans les faits, non dans son sens : on ne peut effacer ce qui a été vécu, on peut changer ce qu'il signifie pour soi. Elle ne devient une prison que lorsque l'adulte reste seul avec elle ; entouré et écouté, il peut en faire une force.
Conclusion. Les souvenirs d'enfance, heureux ou douloureux, accompagnent chacun jusqu'au bout de sa vie, mais ils ne l'écrivent pas à sa place : si l'on ne choisit pas son enfance, on choisit ce que l'on en fait. Reste une question pour les enfants qui grandissent aujourd'hui sous l'œil des téléphones : garderont-ils encore des souvenirs à eux, ou seulement des images enregistrées ?
Ce que le correcteur vérifie. La grille officielle de l'essai du papier Sciences techniques (contrôle 2015) répartit les 10 points ainsi : compréhension et cohérence du développement 5 points, correction linguistique 3 points, originalité et pertinence des exemples 2 points. Ici, la compréhension se juge d'abord sur le mot « définitive » (repris dans la problématique, tranché dans la synthèse) et sur la présence des deux sortes de souvenirs ; un exemple compte lorsqu'il est précis — une œuvre, un auteur, une situation datée —, non lorsqu'il reste vague.