Exercice — Fonctionnement du muscle squelettique (7 points), dans l'esprit de la session principale 2015, du contrôle 2023 et de la session principale 2026 (Sciences expérimentales)
On se propose d'étudier l'ultrastructure de la fibre musculaire squelettique, le mécanisme de sa contraction et l'origine de l'énergie qu'elle consomme. Les données sont construites pour l'exercice.
Document 1. Le document 1 représente le schéma d'interprétation d'une électronographie d'une portion de fibre musculaire squelettique de grenouille, en coupe longitudinale.
1) Légendez le document 1 en reportant sur votre copie les numéros de 1 à 7. (1,75 pt)
Expérience 1. On place une fibre musculaire isolée pendant plusieurs heures dans un liquide physiologique contenant des ions calcium radioactifs (⁴⁵Ca²⁺), puis dans un liquide physiologique non radioactif. Par autoradiographie de coupes observées au microscope électronique, on mesure la répartition de la radioactivité de la fibre entre la structure 3 du document 1 et le sarcoplasme. Sur les mêmes électronographies, on mesure les longueurs du sarcomère, de la bande sombre A, de la bande claire I et de la zone H. Les mesures sont faites au repos, pendant une contraction provoquée par une stimulation efficace de la fibre, puis après son relâchement.
Document 2
| Mesures | au repos | pendant la contraction | après le relâchement |
|---|---|---|---|
| radioactivité dans la structure 3 (% de la radioactivité de la fibre) | 92 | 18 | 90 |
| radioactivité dans le sarcoplasme, entre les myofilaments (%) | 8 | 82 | 10 |
| longueur du sarcomère (µm) | 2,4 | 2,1 | 2,4 |
| longueur de la bande sombre A (µm) | 1,6 | 1,6 | 1,6 |
| longueur de la bande claire I (µm) | 0,8 | 0,5 | 0,8 |
| longueur de la zone H (µm) | 0,4 | 0,1 | 0,4 |
2) En exploitant le document 2 : (1,5 pt)
a- précisez le rôle de la structure 3 et le devenir des ions Ca²⁺ au cours de la contraction puis du relâchement ;
b- montrez que le raccourcissement du sarcomère résulte d'un glissement des myofilaments, sans raccourcissement de ces filaments.
Document 3. Le document 3 représente, dans le désordre, quatre états (a, b, c et d) d'une tête de myosine et d'un filament d'actine au cours d'un cycle de fonctionnement du sarcomère, dans une fibre stimulée. Le trait pointillé repère la position initiale du site de fixation de la tête sur le filament d'actine.
La contraction de la fibre consomme de l'énergie chimique.
3) (1,75 pt)
a- Écrivez la réaction qui libère l'énergie directement utilisée par les têtes de myosine.
b- Classez les états a, b, c et d du document 3 dans l'ordre chronologique, puis décrivez les étapes du fonctionnement du sarcomère, depuis la libération des ions Ca²⁺ jusqu'au retour à l'état de repos.
Expérience 2. Trois muscles gastrocnémiens de grenouille A, B et C, placés en anaérobiose (atmosphère d'azote), reçoivent la même série de stimulations efficaces, de même durée :
- muscle A : aucun traitement ;
- muscle B : traité par l'iodoacétate, qui bloque la glycolyse ;
- muscle C : traité par l'iodoacétate et par le dinitrofluorobenzène (DNFB), qui empêche l'utilisation de la phosphocréatine.
Les muscles A et B se contractent pendant toute la série. Le muscle C cesse de se contracter vers le milieu de la série et reste raccourci et raide malgré les stimulations. Le document 4 présente les dosages réalisés avant et après la série.
Document 4
| Constituant (par kg de muscle frais) | avant la série (A, B et C) | après : muscle A | après : muscle B | après : muscle C |
|---|---|---|---|---|
| glycogène (g) | 1,20 | 0,71 | 1,20 | 1,20 |
| acide lactique (g) | 0,90 | 1,44 | 0,90 | 0,90 |
| ATP (mmol) | 5,0 | 5,0 | 5,0 | 0,2 |
| phosphocréatine (mmol) | 20 | 20 | 11 | 20 |
4) (2 pt)
a- Analysez les résultats du document 4 en vue de dégager la molécule qui fournit directement l'énergie de la contraction et les deux voies de régénération de cette molécule mises en évidence.
b- Écrivez la réaction de la voie de régénération rapide, puis expliquez pourquoi la respiration cellulaire n'intervient pas dans ces expériences.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1. Idée : « légender » n'exige pas de justification ; on reporte les numéros un à un.
- 1 : sarcolemme (membrane plasmique de la fibre) ;
- 2 : tubule transverse (tubule T), invagination du sarcolemme ;
- 3 : réticulum sarcoplasmique (citerne terminale) ;
- 4 : myofibrille ;
- 5 : mitochondrie ;
- 6 : strie Z ;
- 7 : sarcomère, portion de myofibrille comprise entre deux stries Z successives.
2.a Idée : suivre la radioactivité, c'est suivre le Ca²⁺. D'après le document 2, au repos 92 % de la radioactivité de la fibre se trouve dans la structure 3 et 8 % dans le sarcoplasme : le Ca²⁺ est stocké dans le réticulum sarcoplasmique. Pendant la contraction, la part du réticulum tombe à 18 % tandis que celle du sarcoplasme monte à 82 % : la stimulation provoque la libération du Ca²⁺ du réticulum sarcoplasmique dans le sarcoplasme, au contact des myofilaments, en même temps que le sarcomère raccourcit de 2,4 à 2,1 µm. Après le relâchement, le réticulum retrouve 90 % de la radioactivité et le sarcomère 2,4 µm : le Ca²⁺ est recapté activement par le réticulum, grâce à des pompes qui consomment de l'ATP. Le réticulum sarcoplasmique est donc une réserve de Ca²⁺ qui le libère lors de l'excitation de la fibre et le récupère au relâchement ; la présence de Ca²⁺ dans le sarcoplasme accompagne la contraction.
2.b Idée : une bande qui garde sa longueur contient des filaments qui ne raccourcissent pas. Pendant la contraction, le sarcomère raccourcit de µm. La bande sombre A garde 1,6 µm : les filaments épais de myosine, qui occupent toute la bande A, ne raccourcissent pas. La bande claire I passe de 0,8 à 0,5 µm et la zone H de 0,4 à 0,1 µm : chacune diminue de 0,3 µm, exactement le raccourcissement du sarcomère. La longueur d'un filament fin d'actine, de la strie Z au bord de la zone H, reste la même :
Les filaments d'actine glissent entre les filaments de myosine vers le centre du sarcomère et les stries Z se rapprochent : le raccourcissement du sarcomère résulte d'un , sans raccourcissement de ceux-ci.
3.a Idée : l'énergie utilisable vient de l'hydrolyse de l'ATP, catalysée par l'activité ATPasique de la tête de myosine.
Une partie de cette énergie est convertie en travail mécanique (pivotement des têtes de myosine), le reste est dissipé sous forme de chaleur.
3.b Idée : lire sur chaque case trois indices : la tête est-elle fixée ? porte-t-elle l'ATP ou libère-t-elle ADP et Pi ? le site de l'actine a-t-il quitté le pointillé ? L'ordre chronologique est .
- b : la tête de myosine porte une molécule d'ATP (complexe ATP-myosine) et n'est pas fixée ; le site de l'actine est sur le pointillé. Le potentiel d'action musculaire, propagé le long du sarcolemme et des tubules T, a provoqué la libération du Ca²⁺ du réticulum sarcoplasmique ; le Ca²⁺ se fixe sur la troponine, ce qui déplace la tropomyosine et démasque les sites de fixation de l'actine.
- d : le complexe ATP-myosine se fixe sur le site démasqué de l'actine : il se forme un pont actomyosine, et cette fixation active l'activité ATPasique de la myosine.
- a : l'ATP est hydrolysé (réaction du 3.a) ; l'énergie libérée provoque le pivotement de la tête, qui entraîne le filament d'actine vers le centre du sarcomère : le site a quitté le pointillé. ADP et Pi sont libérés.
- c : une nouvelle molécule d'ATP se fixe sur la tête, ce qui rompt le pont actomyosine : la tête se détache de l'actine, puis se redresse pour un nouveau cycle (retour à un état b, le filament d'actine restant déplacé).
Tant que le Ca²⁺ et l'ATP sont présents, les cycles se répètent et les filaments d'actine glissent de proche en proche. Quand la stimulation cesse, le Ca²⁺ est recapté activement par le réticulum sarcoplasmique (document 2) : la tropomyosine masque de nouveau les sites de l'actine, les têtes ne se fixent plus et la fibre se relâche. Le sarcomère reprend sa longueur de repos sous l'effet des forces élastiques, et non par un glissement inverse actif des têtes de myosine.
4.a Idée : comparer chaque muscle traité au muscle A, constituant par constituant ; un constituant qui baisse est consommé. D'après le document 4 :
- Muscle A (aucun traitement) : le glycogène passe de 1,20 à 0,71 g/kg (− 0,49 g) et l'acide lactique de 0,90 à 1,44 g/kg (+ 0,54 g), tandis que l'ATP (5,0 mmol/kg) et la phosphocréatine (20 mmol/kg) restent constants. En anaérobiose, le glucose du glycogène est dégradé en acide lactique par la glycolyse suivie de la fermentation lactique : cette voie régénère l'ATP au fur et à mesure qu'il est consommé, d'où un ATP constant.
- Muscle B (glycolyse bloquée) : comparé au muscle A, le glycogène et l'acide lactique ne varient plus ; l'ATP reste à 5,0 mmol/kg mais la phosphocréatine chute de 20 à 11 mmol/kg (− 9 mmol/kg) : la phosphocréatine régénère l'ATP consommé.
- Muscle C (glycolyse et phosphocréatine bloquées) : seul l'ATP varie, de 5,0 à 0,2 mmol/kg, et les contractions cessent quand il est presque épuisé. La molécule qui fournit directement l'énergie de la contraction est donc l', la seule que le muscle C consomme ; son stock ne suffit que pour une partie de la série. Sans ATP, les têtes de myosine ne peuvent plus se détacher de l'actine : le muscle reste raccourci et raide.
Par conséquent, l'ATP consommé par la contraction est régénéré par deux voies : la phosphocréatine et la glycolyse suivie de la fermentation lactique, à partir du glycogène.
4.b Idée : la voie rapide est un simple transfert de phosphate, sans dioxygène ni mitochondrie. La phosphocréatine (PC) cède son groupement phosphate à l'ADP, dans le sarcoplasme ; la réaction est catalysée par la créatine kinase, l'enzyme que bloque le DNFB :
La respiration cellulaire exige du dioxygène : l'oxydation de l'acide pyruvique se fait dans les mitochondries et consomme O₂. En anaérobiose, elle est impossible : l'acide pyruvique issu de la glycolyse est réduit en acide lactique, d'où l'accumulation d'acide lactique du muscle A. Dans un muscle oxygéné, la respiration s'ajouterait à ces deux voies et fournirait l'essentiel de l'ATP lors d'un effort prolongé.