Exercice — synthèse (10 points) dans l'esprit des sessions 2020, 2023 et 2024
Sujet. Après avoir montré que la recherche du profit conduit le producteur à porter atteinte à l'environnement naturel, vous expliquerez comment l'engagement citoyen de l'entreprise permet de réduire ces atteintes. Prenez appui sur vos connaissances et sur les documents ci-joints.
Document 1 — Industrie manufacturière d'une économie fictive : quelques indicateurs (exemple fictif ; tep : tonne équivalent pétrole)
| Années | Production industrielle (indice, base 100 en 2019) | Consommation d'énergie (milliers de tep) | Émissions de CO₂ (millions de tonnes) | Déchets industriels (milliers de tonnes) | Part des déchets valorisés (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| 2019 | 100 | 2 400 | 9,6 | 1 250 | 18 |
| 2020 | 91 | 2 230 | 8,9 | 1 150 | 19 |
| 2021 | 97 | 2 390 | 9,5 | 1 240 | 20 |
| 2022 | 103 | 2 520 | 10,1 | 1 300 | 22 |
| 2023 | 106 | 2 580 | 10,4 | 1 330 | 25 |
Document 2 (texte construit pour l'exercice)
Longtemps, la direction d'une entreprise textile de la région de Monastir a considéré l'environnement comme un simple poste de dépense : traiter les eaux de teinture ou remplacer une vieille chaudière aurait alourdi ses coûts face à des concurrents moins scrupuleux. Ses principaux clients européens ont changé la donne : ils exigent désormais de leurs fournisseurs qu'ils mesurent et réduisent leur empreinte carbone. L'entreprise a alors couvert les toits de ses ateliers de panneaux photovoltaïques, installé une station qui recycle une partie des eaux de lavage et confié ses chutes de tissu à une coopérative qui les transforme en fils et en isolants pour le bâtiment. Elle s'approvisionne auprès de filateurs installés dans le pays, ce qui raccourcit les circuits et réduit les émissions liées au transport. Ses salariés sont formés aux économies d'énergie et un rapport annuel de responsabilité sociale rend compte de ses résultats. Les investissements ont été lourds, mais la facture d'énergie a baissé et l'entreprise a conservé ses marchés. Ces démarches restent pourtant volontaires : beaucoup de petites entreprises n'ont ni les moyens ni l'intérêt immédiat de les engager sans incitation publique.
- Analysez le libellé : délimitez les deux parties imposées, indiquez le lien logique entre elles et relevez les termes clés à définir.
- Rédigez l'introduction : amorce avec la définition d'au moins un terme clé, problématique, annonce du plan.
- Rédigez la première partie : présentez deux ou trois mécanismes par lesquels le choix économique du producteur menace l'environnement naturel. Appuyez au moins un argument sur un calcul tiré du document 1 (taux de variation, entre 2019 et 2023, de la production industrielle et des émissions de CO₂).
- Rédigez la seconde partie : présentez deux ou trois comportements citoyens de l'entreprise qui limitent ces menaces, en vous appuyant sur le document 2 et sur l'évolution de la quantité de déchets non valorisés entre 2019 et 2023 (document 1).
- Rédigez la conclusion (synthèse et ouverture), puis relisez votre copie avec la grille de correction des synthèses : introduction 1,5 point ; mobilisation des connaissances 6 points ; structure du développement 1 point ; conclusion 1 point ; présentation 0,5 point.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1. Analyse du libellé. Idée : « Après avoir montré que… vous expliquerez comment… » impose deux parties dans cet ordre ; on ne discute pas, on démontre.
- Partie I (le constat) : la recherche du profit conduit le producteur à porter atteinte à l'environnement naturel.
- Partie II (la réponse) : l'engagement citoyen de l'entreprise réduit ces atteintes. Le démonstratif « ces atteintes » relie les deux parties : chaque réponse de la partie II doit viser une menace de la partie I (énergie ↔ énergies renouvelables ; CO₂ ↔ circuits courts ; déchets ↔ valorisation).
- Termes à définir : choix économique du producteur (la combinaison de facteurs qui minimise le coût et maximise le profit), environnement naturel, entreprise citoyenne ou responsabilité sociale de l'entreprise (RSE).
2. Introduction (1,5 point). Idée : amorce et définition (0,5), problématique (0,5), annonce du plan (0,5).
« Le producteur rationnel choisit la combinaison de facteurs de production qui lui permet de produire au moindre coût et de maximiser son profit. Ce calcul ne retient que les coûts qu'il paie lui-même : l'énergie gaspillée, le CO₂ rejeté ou les déchets abandonnés restent à la charge de la collectivité et de la nature. Pourquoi la recherche du profit conduit-elle le producteur à dégrader l'environnement naturel, et comment l'entreprise citoyenne peut-elle réduire ces atteintes ? Telle est la problématique. Nous montrerons, dans une première partie, que le choix économique du producteur menace l'environnement naturel ; dans une seconde partie, nous expliquerons comment l'engagement citoyen de l'entreprise permet de limiter ces menaces. »
3. Première partie (3 points) : le choix économique du producteur menace l'environnement naturel. Idée : un argument = un mécanisme + une preuve ; le calcul prouve, il ne remplace pas l'explication.
- Une logique de coût qui ignore la nature. Le producteur retient la technique et l'énergie les moins chères ; dépolluer augmente son coût et réduit sa compétitivité-prix face à des concurrents qui ne le font pas. Les dommages causés à l'air, à l'eau et aux sols n'entrent pas dans son coût : le marché ne les lui fait pas payer (externalités négatives). Document 2 : l'entreprise voyait d'abord l'environnement comme « un simple poste de dépense ».
- L'épuisement des ressources et la pollution. Produire davantage, c'est brûler davantage d'énergie fossile et rejeter davantage de gaz à effet de serre. Le document 1 montre que ces atteintes croissent plus vite que la production (calculs ci-dessous).
Entre 2019 et 2023, la production industrielle augmente de 6 % alors que les émissions de CO₂ augmentent de 8,33 % et la consommation d'énergie de 7,5 % (de 2 400 à 2 580 milliers de tep). En 2020, production (−9 %) et émissions (−7,29 %) reculent ensemble : les rejets suivent la production.
- L'accumulation des déchets. Les déchets industriels passent de 1 250 à 1 330 milliers de tonnes (+6,4 %). Mal traités, ils contaminent les sols et les nappes et menacent la biodiversité et la santé.
Conclusion partielle et transition : laissé à son seul calcul de profit, le producteur fait supporter à la nature le coût de sa croissance. Une partie des entreprises choisit pourtant d'intégrer ces coûts dans ses décisions.
4. Seconde partie (3 points) : l'engagement citoyen de l'entreprise limite ces menaces. Idée : répondre menace par menace ; la RSE est volontaire et peut aussi servir l'intérêt de l'entreprise.
- Définition. L'entreprise citoyenne intègre volontairement des préoccupations sociales et environnementales dans ses activités et dans ses relations avec ses clients, ses fournisseurs et ses salariés : c'est la responsabilité sociale de l'entreprise (RSE).
- Réduire l'énergie fossile. Panneaux photovoltaïques, salariés formés aux économies d'énergie (document 2) : moins de combustibles fossiles consommés, moins de CO₂ rejeté.
- Valoriser les déchets (économie circulaire). Eaux de lavage recyclées, chutes de tissu transformées en fils et en isolants (document 2). Dans le document 1, la part des déchets valorisés passe de 18 % à 25 % : la quantité non valorisée diminue alors que les déchets produits augmentent (calcul ci-dessous).
Les déchets non valorisés passent de 1 025 à 997,5 milliers de tonnes, soit , alors que les déchets produits augmentent de 6,4 %.
- Raccourcir les circuits. S'approvisionner auprès de filateurs du pays réduit les émissions liées au transport (document 2).
- Pourquoi l'entreprise s'engage. La pression des clients et des consommateurs citoyens, l'image de marque, la baisse de la facture d'énergie et l'accès aux marchés exigeants rendent ce choix rentable (document 2 : l'entreprise « a conservé ses marchés »). Mais la démarche reste volontaire et coûteuse pour les petites entreprises.
Conclusion partielle : l'entreprise citoyenne répond à chacune des menaces de la première partie — énergie fossile, déchets, transport —, mais son engagement dépend de ses moyens et de l'intérêt qu'elle y trouve.
5. Conclusion (1 point). Idée : synthèse (0,5) qui répond au sujet, puis ouverture (0,5).
« Guidé par la seule minimisation de ses coûts, le producteur épuise les ressources, pollue et accumule des déchets ; l'entreprise citoyenne, en intégrant volontairement l'environnement dans ses choix, réduit ces atteintes sans renoncer à sa compétitivité. On se demande alors si ces démarches volontaires peuvent suffire sans l'intervention de l'État. »
Relecture avec la grille. Introduction complète (amorce et définition, problématique, plan) ; développement de deux parties de 3 points avec des preuves tirées des documents ; parties et sous-parties visibles, conclusions partielles (1 point) ; conclusion en deux temps ; copie aérée et lisible (0,5 point).