Exercice — synthèse de discussion (10 points) dans l'esprit des sessions 2022–2025
Sujet. L'augmentation de la production s'accompagne-t-elle toujours d'une dégradation de l'environnement naturel ? Prenez appui sur vos connaissances et sur les documents ci-joints.
Document 1 — Croissance et environnement dans un pays A (exemple fictif)
| Années | PIB réel (milliards de dinars, prix constants) | Émissions de CO₂ (millions de tonnes) | Part des énergies renouvelables dans la production d'électricité (%) |
|---|---|---|---|
| 2009 | 60,0 | 20,0 | 3 |
| 2014 | 70,0 | 24,5 | 5 |
| 2019 | 78,0 | 24,0 | 14 |
| 2024 | 86,0 | 22,8 | 26 |
Document 2 (texte construit pour l'exercice)
Pendant longtemps, produire plus a signifié brûler plus de charbon et de pétrole, extraire plus de minerais et rejeter plus de déchets, au détriment des écosystèmes et de la santé des habitants : la courbe des émissions suivait fidèlement celle du PIB. Depuis une quinzaine d'années, plusieurs pays parviennent pourtant à augmenter leur production tout en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre : on parle de découplage. Trois leviers l'expliquent. Le premier est technique : l'électricité solaire et éolienne, devenue moins chère, remplace les centrales thermiques, et les procédés industriels consomment moins d'énergie par unité produite. Le deuxième est l'économie circulaire : concevoir des produits plus durables, les réparer, les recycler, c'est créer de la valeur en prélevant moins de matières. Le troisième relève des choix collectifs : normes d'émission, taxation du carbone, soutien public aux investissements verts, consommateurs qui privilégient les produits sobres. Ce découplage reste fragile. Il est souvent relatif — les émissions progressent moins vite que la production sans diminuer — et certains pays riches réduisent leurs rejets en important des biens fabriqués ailleurs, ce qui déplace la pollution plus qu'il ne la supprime.
- Dégagez la thèse implicite que le sujet invite à discuter, puis formulez la problématique. Justifiez le choix d'un plan dialectique.
- Rédigez l'introduction.
- Rédigez la première partie : montrez, mécanismes à l'appui, que la croissance économique menace l'environnement naturel. Exploitez le document 1 sur la période 2009–2014 (taux de variation du PIB réel et des émissions de CO₂).
- Rédigez la seconde partie : montrez que cette menace n'est pas une fatalité, en exploitant le document 1 sur la période 2014–2024 et le document 2.
- Rédigez une conclusion qui répond nettement à la question en précisant à quelles conditions la croissance peut préserver l'environnement, puis proposez une ouverture.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1. Thèse, problématique, plan. Idée : « … toujours ? » signale une thèse répandue (« produire plus détruit la planète ») que le sujet demande de vérifier puis de nuancer ; répondre « oui » ou « non » en bloc est hors sujet.
- Thèse implicite : toute croissance de la production dégrade l'environnement naturel.
- Problématique : « La croissance économique est-elle condamnée à dégrader l'environnement naturel, ou peut-elle, à certaines conditions, s'en affranchir ? »
- Plan dialectique : I. la croissance menace l'environnement naturel ; II. cette menace n'est pas toujours inévitable.
2. Introduction (1,5 point). « La croissance économique, augmentation soutenue et durable de la production de biens et services mesurée par le PIB réel, a élevé le niveau de vie de nombreux pays. Mais elle prélève des ressources naturelles et rejette des déchets et des gaz à effet de serre, si bien qu'on l'accuse de menacer l'environnement naturel, c'est-à-dire l'ensemble des ressources et des milieux (air, eau, sols, biodiversité) dont dépendent la vie et l'activité humaines. La croissance menace-t-elle nécessairement l'environnement, ou peut-elle s'en dissocier ? Telle est la problématique. Nous montrerons, dans une première partie, que la croissance économique menace l'environnement naturel ; dans une seconde partie, que cette menace n'est pas toujours inévitable. »
3. Première partie (3 points) : oui, la croissance menace l'environnement naturel. Idée : prouver la thèse avant de la nuancer ; chaque mécanisme reçoit une preuve.
- L'épuisement des ressources. La croissance prélève des ressources non renouvelables (pétrole, gaz, phosphates, minerais) et surexploite les ressources renouvelables (eau, forêts, pêcheries) au-delà de leur rythme de régénération : elle réduit ce qui restera aux générations futures.
- La pollution et le réchauffement climatique. Tant que l'énergie est fossile, produire plus, c'est rejeter plus de CO₂ (document 2 : « la courbe des émissions suivait fidèlement celle du PIB »). Le document 1 le vérifie entre 2009 et 2014 :
Les émissions augmentent plus vite que la production : chaque million de dinars produit rejette environ 333 tonnes de CO₂ en 2009 et 350 tonnes en 2014.
- Les déchets de l'économie linéaire. Extraire, produire, jeter : plus de production signifie plus de déchets à stocker ou à brûler (document 2).
Transition : la menace est réelle tant que la croissance repose sur les énergies fossiles et sur l'économie linéaire. Or, après 2014, le document 1 montre que le lien se desserre.
4. Seconde partie (3 points) : mais cette menace n'est pas toujours inévitable. Idée : chercher les conditions dans lesquelles la thèse cesse d'être vraie, et les prouver.
- Le découplage. On parle de découplage relatif quand les émissions augmentent moins vite que le PIB, et de découplage absolu quand elles diminuent pendant que le PIB augmente. Le document 1 montre un découplage absolu entre 2014 et 2024 (calculs ci-dessous).
Le PIB réel augmente de 22,86 % pendant que les émissions reculent de 6,94 % ; le CO₂ par million de dinars passe de 350 à environ 265 tonnes, soit .
- Les énergies renouvelables et le progrès technique. La part des renouvelables dans l'électricité passe de 5 % à 26 % (multipliée par 5,2) ; le solaire et l'éolien remplacent les centrales thermiques et les procédés consomment moins d'énergie (document 2).
- L'économie circulaire. Concevoir des produits durables, les réparer, les recycler : créer de la valeur en prélevant moins de matières (document 2).
- Les politiques de développement durable et les comportements citoyens. Normes d'émission, taxe carbone, investissements verts financés par l'État, consommateurs et entreprises citoyens (document 2).
- Des limites. Le découplage reste souvent relatif, et un pays peut « exporter » sa pollution en important des biens fabriqués ailleurs (document 2). En 2024, les émissions du pays A restent supérieures de 14 % à celles de 2009.
Conclusion partielle : la menace recule quand la croissance change de contenu — énergies renouvelables, économie circulaire, politiques publiques —, mais ce découplage reste fragile et incomplet.
5. Conclusion (1 point). « La croissance économique menace l'environnement naturel lorsqu'elle repose sur les énergies fossiles et sur une économie linéaire ; elle n'est pas toujours une menace : appuyée sur les énergies renouvelables, l'économie circulaire et des politiques de développement durable, elle peut s'accompagner d'une baisse des émissions. On se demande si ce découplage peut être assez rapide pour respecter les limites de la planète, et si les pays en développement ont les moyens de financer cette transition. »