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Fahmio
Fahmio
Bac Tunisie
AM-DHistoires d'amour

Épreuve complète Sciences techniques (7 + 3 + 10) sur un récit de rencontre amoureuse : effet de la rencontre et « relevez et nommez », portrait, deux constats, langue, essai sur l'amour soudain

Idée directrice

Le papier Sciences techniques a sa propre forme : un seul texte, compréhension 7 points, langue 3 points, essai 10 points ; le récit d'amour en fournit le texte et l'essai dans 5 sessions sur 22. La compréhension suit le récit — l'effet de la rencontre, le portrait de l'être aimé, ce que le personnage comprend à la fin — et le procédé s'y demande par « Relevez et nommez » : un relevé exact et un nom précis rapportent le point, sans explication de l'effet. La langue s'ouvre presque toujours sur un mot à remplacer par un équivalent, le plus souvent suivi de son réemploi dans un autre sens ; l'essai généralise la situation du texte.

Ce qui aide à reconnaître la démarche

« Quel est l'effet immédiat de cette première rencontre sur … ? » ; « Relevez et nommez un procédé d'écriture qui en rend compte » ; « Donnez une caractéristique physique et une caractéristique morale… justifiez chacune par un indice textuel » ; « fait deux constats… Dites lesquels » ; « Réemployez le verbe… dans une phrase personnelle où il aura un sens différent » ; « … espère que … (verbe) … au mode et au temps qui conviennent »

Besoin d’un point de départ ? Voir la méthode
  • Lire le texte dans l'ordre des questions : la rencontre au début, le portrait au milieu, les prises de conscience à la fin.
  • « Relevez et nommez » : citer exactement entre guillemets, puis nommer le procédé d'un terme précis (accumulation, points de suspension, hyperbole…) ; l'effet n'est pas demandé.
  • Portrait : un trait physique, un trait moral, un indice différent pour chacun ; le moral se prouve par un geste ou une parole.
  • Langue : le sens dans la phrase d'abord, puis vraiment un autre sens ; « espérer que » + indicatif, « pour que » + subjonctif.
  • Essai : peser chaque mot du sujet (« heureuse et durable ») et répondre par une position nuancée, illustrée d'exemples précis.
Les pièges à vérifier dans ta démarche

Raconter la scène au lieu de nommer l'effet ; nommer le procédé d'un mot vague (« une figure de style ») ; justifier les deux caractéristiques par le même indice ; conjuguer « rapporte » après « espérer que », ou garder l'indicatif après « pour que » ; dans l'essai, ne parler que du bonheur en oubliant la durée, ou raconter à nouveau l'histoire de Karim.

Sujet principal

Épreuve de français, section Sciences techniques — étude de texte (10 points) et essai (10 points)

6 questionsCorrigé masqué

Karim, dix-neuf ans, aide son oncle Hédi dans sa librairie, au cœur de la médina¹ de Tunis. Un après-midi d'orage, une jeune fille pousse la porte de la boutique.

La pluie tombait depuis le matin et pas un client n'était entré. J'étais monté sur l'escabeau² pour ranger les dictionnaires quand la clochette de la porte tinta. Une jeune fille se tenait sur le seuil, trempée, un grand carton à dessin serré contre la poitrine. Elle secoua ses longs cheveux noirs, où brillaient encore des gouttes de pluie, et leva vers moi des yeux sombres, immenses, rieurs.

« Bonjour… Vous auriez un manuel de résistance des matériaux³ ? Le vieux, celui à la couverture verte. Mon professeur dit qu'on ne le trouve plus nulle part. »

Je voulus répondre. Aucun mot ne sortit. Je descendis de l'escabeau, manquai la dernière marche et laissai tomber trois dictionnaires à ses pieds. Mes joues brûlaient.

« Le… le manuel… Oui… enfin, non… Je vais voir… »

Elle ramassa les livres avant moi, les empila avec soin sur le comptoir et me sourit, sans la moindre moquerie.

« Ne vous inquiétez pas. La semaine dernière, j'ai renversé tout un pot d'encre sur la maquette de mon voisin d'atelier. On survit à tout ! »

Ce qui me frappa, ce fut son rire, franc et léger, qui remplit d'un coup la boutique silencieuse. Mon oncle, qui avait tout vu depuis l'arrière-boutique, vint à mon secours : il retrouva le manuel au fond d'une caisse, le dernier exemplaire. La jeune fille le feuilleta avec délicatesse, comme on tient un objet fragile, puis s'inquiéta : l'averse redoublait, et ses dessins allaient être perdus. Je lui tendis mon parapluie : elle serait bien obligée de revenir.

« Je m'appelle Lina, dit-elle sur le seuil. À samedi, alors ! »

Longtemps après son départ, je restai debout derrière le comptoir, sans même ramasser le ticket de caisse tombé par terre. Je n'avais jamais cru aux coups de foudre ; j'en riais avec mes camarades. Et voilà qu'en quelques minutes, une inconnue trempée avait fait naître en moi un sentiment que je ne savais pas encore nommer.

Le soir, je ne pus lire une seule page. Les jours suivants, je comptais les heures jusqu'au samedi ; je guettais la clochette, je sursautais à chaque silhouette qui s'arrêtait devant la vitrine. La librairie, la médina, ma vie entière tournaient désormais autour d'une seule attente : la revoir.

1- médina : la vieille ville. 2- escabeau : petite échelle de quelques marches. 3- résistance des matériaux : matière des études d'ingénieur qui calcule la solidité des constructions.

Texte écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux de la section Sciences techniques.

I- ÉTUDE DE TEXTE (10 points)

A- Compréhension (7 points)

  1. Karim voit Lina pour la première fois.
    1. Quel est l'effet immédiat de cette rencontre sur lui ? (1 point)
    2. Relevez et nommez un procédé d'écriture qui en rend compte. (1 point)
  2. Karim décrit Lina telle qu'elle lui est apparue ce jour-là. Donnez une caractéristique physique et une caractéristique morale de la jeune fille, et justifiez chacune par un indice textuel. (3 points)
  3. Dans les deux derniers paragraphes, Karim prend conscience de deux choses : l'une concerne ses sentiments pour Lina, l'autre la place qu'elle occupe désormais dans sa vie. Dites lesquelles. (2 points)

B- Langue (3 points)

  1. « Ce qui me frappa, ce fut son rire, franc et léger. »
    1. Remplacez le verbe en gras par un verbe de sens équivalent. (0,5 point)
    2. Réemployez le verbe « frapper » dans une phrase personnelle où il aura un sens différent. (1 point)
  2. Conjuguez le verbe « rapporter » au mode et au temps qui conviennent : Karim espère que Lina lui (rapporter) son parapluie samedi. (0,5 point)
  3. Karim prête son parapluie à Lina. Elle reviendra à la librairie. Reliez ces deux propositions de manière à exprimer le but dans une phrase complexe. (1 point)

II- ESSAI (10 points)

En quelques minutes, dans une librairie où il ne se passait rien, Karim tombe amoureux d'une inconnue.

Pensez-vous qu'un amour né au premier regard puisse devenir une relation heureuse et durable ?

Vous développerez votre point de vue en vous appuyant sur des arguments illustrés d'exemples précis.

Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche

A1.a Idée : nommer l'effet d'un mot abstrait, sans raconter la scène. La rencontre plonge Karim dans un trouble violent : il perd ses moyens, la parole comme les gestes, et rougit. Indices : « Aucun mot ne sortit », « manquai la dernière marche et laissai tomber trois dictionnaires à ses pieds », « Mes joues brûlaient ». On accepte : l'émotion, la gêne, la paralysie, la maladresse, la timidité soudaine.

A1.b Idée : « Relevez et nommez » demande deux gestes — citer exactement, nommer précisément ; l'effet n'est pas demandé. Un seul procédé suffit, par exemple : les points de suspension (phrases inachevées) « Le… le manuel… Oui… enfin, non… Je vais voir… » ; l'accumulation de gestes maladroits « Je descendis de l'escabeau, manquai la dernière marche et laissai tomber trois dictionnaires à ses pieds » ; la phrase brève « Aucun mot ne sortit. » ; l'hyperbole « Mes joues brûlaient ». Barème indicatif : 0,5 le relevé, 0,5 le nom du procédé. Pour la consigne voisine « Identifiez un procédé d'écriture qui le montre », le corrigé officiel de la session de contrôle 2015 (Sciences techniques) demande de relever le procédé, puis de l'identifier et de le nommer « d'une manière claire et univoque » : un nom vague (« une figure de style ») ne rapporte rien. Au papier des sections scientifiques, « Relevez et expliquez » exige en plus l'effet produit ; ici, l'expliquer ne rapporte rien de plus, et c'est du temps pris à l'essai.

A2 Idée : une caractéristique par case, chacune prouvée par son propre indice ; le moral se lit dans les gestes et les paroles. Caractéristique physique : Lina a de longs cheveux noirs et de grands yeux sombres — « ses longs cheveux noirs », « des yeux sombres, immenses, rieurs ». Caractéristique morale (une seule suffit) : la gentillesse — elle ramasse les livres et rassure Karim « sans la moindre moquerie » ; ou la gaieté, l'humour — « On survit à tout ! », « son rire, franc et léger » ; ou la délicatesse — « les empila avec soin sur le comptoir », « La jeune fille le feuilleta avec délicatesse ». Barème indicatif : 1,5 point par caractéristique (0,5 le trait, 1 l'indice). Un même indice ne sert pas deux fois : si « des yeux sombres, immenses, rieurs » prouve le physique, le moral doit être prouvé par un geste ou une parole.

A3 Idée : un constat par domaine, reformulé, chacun appuyé sur son paragraphe. Premier constat, sur ses sentiments : Karim, qui se moquait du coup de foudre, comprend qu'il est tombé amoureux en quelques minutes — « une inconnue trempée avait fait naître en moi un sentiment que je ne savais pas encore nommer ». Second constat, sur la place de Lina : elle est devenue le centre de sa vie, tout est suspendu à l'attente de la revoir — « La librairie, la médina, ma vie entière tournaient désormais autour d'une seule attente : la revoir ». 1 point par constat.

B1.a Idée : chercher le sens du verbe dans cette phrase avant de lui trouver un équivalent. Ici, « frapper » signifie « impressionner, étonner » : « Ce qui me marqua (m'étonna, m'impressionna), ce fut son rire, franc et léger. » Le verbe reste au passé simple.

B1.b Idée : changer vraiment de sens. Par exemple : « Avant d'entrer, frappe à la porte. » (donner des coups) ; « La sécheresse a durement frappé les agriculteurs du Centre. » (toucher, atteindre). Une phrase où « frapper » signifie encore « impressionner » ne rapporte rien.

B2 Idée : « espérer que » présente l'action comme attendue, probable ; il appelle l'indicatif, au futur ici, puisque samedi est à venir. « Karim espère que Lina lui rapportera son parapluie samedi. » Le subjonctif « rapporte » est l'erreur attendue : ce mode suit « souhaiter que » ou « vouloir que », non « espérer que » à la forme affirmative.

B3 Idée : quand les deux propositions n'ont pas le même sujet, le but s'exprime par une subordonnée introduite par « pour que » ou « afin que », suivis du subjonctif. « Karim prête son parapluie à Lina pour qu'elle revienne à la librairie. » ou « … afin qu'elle revienne à la librairie. » Le subjonctif « revienne » est le point noté : « pour qu'elle reviendra » est faux. Le texte disait ce but à mots couverts : « elle serait bien obligée de revenir ». Un infinitif ne convient pas : « Karim prête son parapluie à Lina pour revenir » ferait revenir Karim.

II — Essai. Idée : la question ne demande pas si le coup de foudre existe, mais s'il peut fonder une relation à la fois heureuse et durable ; les deux adjectifs comptent. « Pensez-vous que… puisse… ? » laisse la position libre : on examine ce qui plaide pour, ce qui plaide contre, puis on tranche par une condition.

Introduction. Amorce : romans, films et chansons racontent volontiers l'instant où deux regards se croisent et où tout bascule. Termes : le coup de foudre est un amour qui naît d'un seul coup, dès la première rencontre, avant toute connaissance de l'autre ; une relation heureuse et durable suppose l'entente et la fidélité dans le temps. Problématique : un sentiment né en un instant peut-il résister au temps et construire le bonheur, ou faut-il du temps pour aimer vraiment ?

Première partie — un amour soudain peut durer. Le coup de foudre n'est pas toujours aveugle : il saisit parfois, en un instant, une affinité réelle, une manière d'être que la vie commune confirmera ; bien des couples mariés depuis des décennies racontent qu'ils « ont su » dès le premier jour. L'intensité des débuts donne aussi l'élan qui aide à franchir les premiers obstacles. Dans Roméo et Juliette de Shakespeare, l'amour né au premier regard, pendant un bal, ne faiblit jamais : ce n'est pas la soudaineté du sentiment qui perd les amants, mais la haine qui sépare leurs familles.

Deuxième partie — mais la durée demande plus qu'un instant. Cependant, le premier regard ne voit que l'apparence : on aime d'abord une image que l'on pare de toutes les qualités, et la découverte des défauts peut décevoir. Dans La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette, la passion née au bal entre l'héroïne et le duc de Nemours ne mène pas au bonheur : la princesse finit par y renoncer. À l'inverse, l'amour naît parfois lentement : Aragon ouvre Aurélien sur la phrase « La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide ». Enfin, les soucis d'argent et les projets différents mettent à l'épreuve une relation que seule l'émotion soutenait.

Synthèse. Ainsi, un amour né au premier regard peut devenir heureux et durable, mais il ne l'est pas par sa naissance : il le devient si l'émotion du premier instant se change en connaissance de l'autre, en confiance et en projets partagés. Le coup de foudre est un commencement, non une garantie.

Conclusion. Qu'il naisse d'un regard ou d'une longue amitié, l'amour ne dure que s'il se construit. Et si la patience, bien plus que la foudre, faisait les couples heureux ?

Barème de l'essai : la grille officielle du papier Sciences techniques (corrigé de la session de contrôle 2015) retient la compréhension et la cohérence du développement (5 points), la correction linguistique (3 points), l'originalité et la pertinence des exemples (2 points).

Changer d’énoncé, garder le raisonnement

Choisis un seul transfert après le sujet principal. Qu’est-ce qui change ? Quel résultat ou quelle méthode peux-tu réutiliser ? Les autres exercices restent disponibles pour une prochaine séance.

Variantes rencontrées : l'effet de la rencontre se demande aussi à travers les réactions du personnage devant l'être aimé (« Quels sont les effets de la présence de… »), avec un procédé à relever ; le portrait peut porter sur « deux traits de caractère » ou « deux qualités » ; la langue remplace le mode par une cause à subordonner, une hypothèse au conditionnel passé ou un passage au discours direct ; le texte peut être un amour que la distance éteint, ou un récit familial. En Sciences techniques, le récit d'amour porte le texte et l'essai des contrôles 2015, 2016, 2018 et 2024 et de la principale 2023.

Exercices d'entraînement — une nuance à la fois

1 Drill AM-D.1 — Épreuve complète sur un récit familial : l'amour d'un père qui ne se dit pas
Entraînement 01 / 02

Drill AM-D.1 — Épreuve complète sur un récit familial : l'amour d'un père qui ne se dit pas

5 questionsCorrigé masqué

Épreuve complète sur un récit familial. Passage écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux de la section Sciences techniques.

Le narrateur, fils d'un pêcheur de Kélibia, vient d'obtenir son baccalauréat. Il doit partir étudier à Tunis.

Mon père parlait peu. Il se levait à trois heures pour gagner sa barque, rentrait à midi avec l'odeur du sel sur la peau, mangeait en silence et dormait jusqu'au soir. Jamais il ne m'avait pris dans ses bras, jamais il ne m'avait dit qu'il était content de moi. Quand je lui montrais mon bulletin, il le regardait longtemps, hochait la tête et me le rendait sans un mot. Enfant, j'en avais conclu qu'il ne m'aimait pas ; adolescent, je le croyais tout simplement incapable du moindre sentiment.

Le jour des résultats, quand le message arriva sur le téléphone de ma sœur, toute la maison explosa de joie. Ma mère poussa des youyous, mes sœurs pleurèrent, les voisins envahirent la cour. Mon père, lui, se leva, prit sa casquette et sortit vers le port. J'en eus le cœur serré : même ce jour-là, il n'avait rien trouvé à me dire.

La veille de mon départ, il vint me chercher avant l'aube. « Viens », dit-il seulement. Nous marchâmes jusqu'au port dans la nuit froide. Sa barque n'était plus là. À sa place se balançait une vieille barque de location, plus petite, à la peinture écaillée. « Je l'ai vendue en juin, dit-il en fixant la mer. Une chambre à Tunis, ça coûte cher. Et puis, elle était trop grande pour un homme seul. »

Je restai sans voix. Cette barque, il l'avait achetée à vingt ans, il l'avait repeinte chaque printemps, il lui avait donné le nom de ma mère. Il l'avait vendue pour moi, sans rien dire, comme il faisait tout. Je compris alors que son silence n'était pas de l'indifférence : c'était sa manière d'aimer, une tendresse rude, cachée, faite de gestes plutôt que de mots. Je voulus le remercier ; il me tendit un seau d'appâts¹ : « Aide-moi plutôt à préparer les lignes. Le poisson n'attend pas. »

1- appâts : petits morceaux de nourriture accrochés à l'hameçon pour attirer le poisson.

I- ÉTUDE DE TEXTE (10 points). A- Compréhension (7 points)

  1. Au début du texte, comment le narrateur juge-t-il son père ? Justifiez votre réponse par un indice textuel. (2 points)
  2. Identifiez deux traits de caractère du père et justifiez chacun par un indice textuel. (2 points)
  3. À la fin du texte, le narrateur découvre le sacrifice de son père.
    1. Quel sentiment éprouve-t-il alors ? Justifiez votre réponse par un indice textuel. (1,5 point)
    2. Relevez et nommez un procédé d'écriture qui montre la place que la barque tenait dans la vie du père. (1,5 point)

B- Langue (3 points)

  1. « Il se levait à trois heures pour gagner sa barque. »
    1. Remplacez le verbe en gras par un verbe de sens équivalent. (0,5 point)
    2. Construisez une phrase en employant le verbe « gagner » avec un autre sens. (1 point)
  2. Mon père ne m'a jamais dit qu'il m'aimait. Il a vendu sa barque pour payer mes études. À partir de ces deux propositions, construisez une phrase complexe qui exprime la concession au moyen d'une proposition subordonnée. (1,5 point)

II- ESSAI (10 points)

« Jamais il ne m'avait dit qu'il était content de moi », se rappelle le narrateur.

Pensez-vous que l'amour des parents ait besoin d'être dit pour être ressenti par les enfants ?

Vous développerez votre point de vue personnel en l'appuyant par des arguments et des exemples précis.

Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche

A1 Idée : un jugement reformulé, puis la phrase qui le prouve. Au début, le narrateur juge son père froid et indifférent : il le croit incapable d'aimer. Indice textuel : « je le croyais tout simplement incapable du moindre sentiment » ou « Enfant, j'en avais conclu qu'il ne m'aimait pas ». Barème indicatif : 1 point le jugement, 1 point l'indice.

A2 Idée : deux traits vraiment différents, chacun avec son propre indice. Par exemple : le père est taciturne — « Mon père parlait peu » ; pour l'emmener au port, un seul mot lui suffit, « Viens » ; il est travailleur — « Il se levait à trois heures pour gagner sa barque » ; il est généreux jusqu'au sacrifice — « Je l'ai vendue en juin » ; il est pudique : il cache son sacrifice sous une excuse, « elle était trop grande pour un homme seul ». Deux traits suffisent ; « silencieux » et « taciturne » n'en font qu'un.

A3.a Idée : le sentiment naît d'un renversement — le fils découvre le contraire de ce qu'il croyait. Le narrateur est bouleversé, ému jusqu'au silence, et plein de reconnaissance : « Je restai sans voix », « Je voulus le remercier ». On accepte aussi le remords d'avoir mal jugé son père, s'il est justifié par « Je compris alors que son silence n'était pas de l'indifférence ».

A3.b Idée : relever, puis nommer ; en Sciences techniques, le nom exact rapporte le point sans explication. Procédé d'écriture attendu : l'accumulation des gestes du père pour sa barque : « il l'avait achetée à vingt ans, il l'avait repeinte chaque printemps, il lui avait donné le nom de ma mère » ; on peut aussi nommer la répétition (anaphore) de « il l'avait ». Barème indicatif : moitié pour le relevé, moitié pour le nom du procédé.

B1.a Idée : ici, « gagner » veut dire « se rendre à ». « Il se levait à trois heures pour rejoindre (atteindre, regagner) sa barque. »

B1.b Idée : un autre sens du même verbe. « Notre équipe a gagné le match. » (remporter) ; « Il gagne sa vie en réparant des moteurs. » (recevoir de l'argent en travaillant).

B2 Idée : repérer le rapport — il ne dit rien, et pourtant il agit ; « bien que » introduit le fait qui aurait dû empêcher l'autre, et il impose le subjonctif. « Bien que mon père ne m'ait jamais dit qu'il m'aimait, il a vendu sa barque pour payer mes études. » On accepte « Quoique » (subjonctif) ou « Même si mon père ne m'a jamais dit qu'il m'aimait, il a vendu… » (indicatif). « Mon père ne m'a jamais dit qu'il m'aimait, pourtant il a vendu sa barque… » coordonne sans subordonner : la consigne n'est pas respectée.

II — Essai. Idée : le sujet oppose l'amour dit et l'amour montré ; « avoir besoin d'être dit » invite à nuancer — les paroles comptent, les gestes aussi. Introduction : dans bien des familles, les parents aiment plus qu'ils ne le disent ; un enfant peut-il se sentir aimé si ses parents ne lui expriment jamais leur affection ? Première partie — les mots sont nécessaires : l'enfant a besoin d'entendre qu'il compte pour prendre confiance en lui ; le silence se prend facilement pour de l'indifférence, comme chez le narrateur qui a cru des années que son père ne l'aimait pas ; dans sa Lettre au père (1919), Kafka reproche à son père sa dureté et l'absence de mots tendres qui a pesé sur toute sa vie. Deuxième partie — mais l'amour se prouve aussi par des actes : sacrifices, présence, travail quotidien disent l'amour mieux que des déclarations ; le père du texte vend sa barque sans un mot ; dans Le Premier Homme, Camus peint une mère à demi sourde, qui parle à peine, mais dont l'amour silencieux accompagne toute l'enfance du héros. Synthèse : l'amour des parents n'a pas besoin d'être dit pour exister, mais il gagne à l'être pour être compris — les gestes prouvent, les mots rassurent. Conclusion : devenus parents, ces enfants sauront-ils dire ce qu'on ne leur a jamais dit ?

2 Drill AM-D.2 — Épreuve complète : un amour que la distance a éteint, puis l'essai sur l'idéalisation
Entraînement 02 / 02

Drill AM-D.2 — Épreuve complète : un amour que la distance a éteint, puis l'essai sur l'idéalisation

6 questionsCorrigé masqué

Épreuve complète : un amour que la distance a éteint. Passage écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux de la section Sciences techniques.

Au début des années 2000, Sami, jeune ingénieur de Sfax, accepte un contrat de trois ans sur un chantier naval de Hambourg, en Allemagne. Rim, sa fiancée, reste à Sfax, où elle termine ses études de pharmacie.

Ils s'étaient connus au lycée et ne s'étaient plus quittés. Chaque soir, pendant des années, ils avaient fait le tour de la corniche en refaisant le monde ; ils connaissaient par cœur les silences l'un de l'autre. Le jour du départ, à l'aéroport, Rim lui avait glissé dans la poche une photo d'eux deux, au dos de laquelle elle avait écrit : « Trois ans, ce n'est rien. »

Les premiers mois, ils s'appelèrent tous les jours. Puis le chantier exigea des nuits entières, et les appels se firent plus rares. Sami renonça à rentrer l'été suivant : son contrat ne lui laissait que dix jours de congé. À Sfax, les parents de Rim s'inquiétaient ; une fille de vingt-cinq ans ne pouvait pas attendre indéfiniment un fiancé qu'on ne voyait jamais. Les conversations devinrent courtes, maladroites, pleines de choses qu'on n'osait pas dire. Sans que personne l'eût décidé, leur amour s'éteignit peu à peu, comme une lampe qu'on oublie de remplir.

Cinq ans plus tard, ils se croisèrent au mariage d'un cousin. Rim avait épousé un médecin de la ville et tenait par la main une petite fille aux joues rondes. Ils échangèrent des nouvelles polies, comme deux anciens camarades de classe. Sami ne demanda rien. Au fond, il préférait ne pas savoir si elle était heureuse.

Depuis, il lui arrive de penser à elle, les soirs de pluie, sur les quais de Hambourg où il est resté. Il ne se rappelle ni leurs disputes ni les longues semaines sans nouvelles. Rim est devenue une étoile fixe, toujours souriante, toujours patiente, qui l'attend sur la corniche de leurs vingt ans. Il sait bien que cette femme-là n'existe plus, qu'elle n'a peut-être jamais existé. Mais il garde ce sentiment intact, comme on garde une photo dans son portefeuille : pour ne pas se perdre tout à fait.

I- ÉTUDE DE TEXTE (10 points). A- Compréhension (7 points)

  1. Par quoi l'amour de Sami et de Rim se caractérise-t-il avant le départ ? Justifiez votre réponse par un indice textuel. (2 points)
  2. Pour quelles raisons leur relation s'est-elle terminée ? Citez-en deux. (2 points)
  3. Des années plus tard, Sami pense encore à Rim.
    1. Comment se la représente-t-il aujourd'hui ? (1,5 point)
    2. Relevez et nommez, dans le dernier paragraphe, un procédé d'écriture qui rend compte de cette représentation. (1,5 point)

B- Langue (3 points)

  1. « Cinq ans plus tard, ils se croisèrent au mariage d'un cousin. » Réécrivez la phrase en remplaçant le verbe en gras par un verbe de sens équivalent. (1 point)
  2. « Sami renonça à rentrer l'été suivant : son contrat ne lui laissait que dix jours de congé. » Réécrivez cette phrase de manière à exprimer la cause au moyen d'une proposition subordonnée. (1 point)
  3. Conjuguez le verbe « épouser » au mode et au temps qui conviennent : Si Sami était rentré plus tôt, il (épouser) Rim. (1 point)

II- ESSAI (10 points)

Des années après leur séparation, Sami garde de Rim l'image d'une femme parfaite, qui n'a peut-être jamais existé.

Pensez-vous que l'amour nous fasse voir l'être aimé plus parfait qu'il n'est ?

Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur des arguments et des exemples pertinents.

Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche

A1 Idée : caractériser l'amour par un nom ou un adjectif, puis le prouver. Avant le départ, leur amour se caractérise par une grande complicité et une confiance totale. Indice textuel : « ils connaissaient par cœur les silences l'un de l'autre », ou « Ils s'étaient connus au lycée et ne s'étaient plus quittés », ou la promesse écrite au dos de la photo, « Trois ans, ce n'est rien ».

A2 Idée : deux raisons différentes, reformulées ; le texte en offre plus de deux. D'abord, le travail de Sami : le chantier l'occupe jour et nuit et l'empêche de rentrer, si bien que les appels deviennent rares (« le chantier exigea des nuits entières, et les appels se firent plus rares »). Ensuite, la pression de la famille de Rim, qui ne veut pas la voir attendre indéfiniment (« une fille de vingt-cinq ans ne pouvait pas attendre indéfiniment un fiancé qu'on ne voyait jamais »). On accepte aussi le manque de dialogue : les conversations « devinrent courtes, maladroites ». 1 point par raison.

A3.a Idée : la question porte sur l'image que Sami se fait aujourd'hui de Rim, pas sur la femme réelle. Sami idéalise Rim : il la voit parfaite, toujours souriante et patiente, figée dans sa jeunesse, et il efface tout ce qui fut difficile (« Il ne se rappelle ni leurs disputes ni les longues semaines sans nouvelles »).

A3.b Idée : un relevé exact, un nom précis. La métaphore « Rim est devenue une étoile fixe » ; ou la répétition de « toujours » dans « toujours souriante, toujours patiente » ; ou la comparaison « comme on garde une photo dans son portefeuille ». Barème indicatif : 0,5 le relevé, 1 le nom du procédé, qui doit être précis.

B1 Idée : garder la construction pronominale et le passé simple. « Cinq ans plus tard, ils se rencontrèrent (se revirent) au mariage d'un cousin. »

B2 Idée : les deux-points cachent une cause — le contrat explique le renoncement ; la subordonnée l'exprime par « parce que », « puisque » ou « comme ». « Sami renonça à rentrer l'été suivant parce que son contrat ne lui laissait que dix jours de congé. » ou « Comme son contrat ne lui laissait que dix jours de congé, Sami renonça à rentrer l'été suivant. » « Car » est une conjonction de coordination : il ne répond pas à la consigne.

B3 Idée : « si » suivi du plus-que-parfait pose une condition qui ne s'est pas réalisée dans le passé ; la principale se met au conditionnel passé. « Si Sami était rentré plus tôt, il aurait épousé Rim. » Le conditionnel présent « épouserait » ne convient pas à un fait passé.

II — Essai. Idée : sujet d'opinion (« Pensez-vous que… ») ; on accorde que l'amour embellit, puis on montre qu'il peut aussi être lucide. Introduction : on dit que l'amour est aveugle ; mais aimer, est-ce forcément se tromper sur l'autre ? Première partie — l'amour idéalise : l'amoureux prête à l'être aimé toutes les qualités ; Stendhal, dans De l'amour, appelle « cristallisation » ce travail de l'esprit, comparable au rameau jeté dans une mine de sel de Salzbourg qu'on retire couvert de cristaux ; l'absence aggrave encore l'illusion, comme chez Sami, qui ne garde de Rim que la lumière. Deuxième partie — mais l'amour peut être lucide : aimer longtemps, c'est connaître les défauts de l'autre et l'aimer malgré eux ; dans Le Petit Prince de Saint-Exupéry, le prince sait que sa rose est vaniteuse et capricieuse, et il l'aime pourtant, parce qu'il a pris soin d'elle. Synthèse : la passion naissante embellit ; l'amour qui dure regarde l'autre en face. Conclusion : le danger n'est pas d'aimer, mais d'aimer une image ; vaut-il mieux être aimé pour ce qu'on est ou pour ce qu'on paraît être ?

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