Essai (10 points) sur un sujet à mot-clé restrictif — analyse guidée, puis rédaction complète
II- ESSAI (10 points)
« Là-bas, tout me sera possible », se répète Nour en bouclant la valise qui l'emmènera étudier loin de son pays. (Phrase tirée d'un récit écrit pour l'exercice.)
Pensez-vous que partir étudier à l'étranger soit uniquement une chance pour un jeune ?
Vous développerez, à ce propos, un point de vue personnel en vous appuyant sur des arguments et des exemples précis.
Travail demandé. Faites d'abord au brouillon l'analyse du sujet que le correcteur attend, puis rédigez.
- Relevez le mot-clé qui porte la question et dites ce qu'il change : que faudrait-il démontrer s'il était absent ? Que faut-il démontrer avec lui ?
- Reformulez la vraie question en une phrase qui commence par « Il n'est pas demandé si… mais si… ».
- Établissez le plan concessif : ce que vous accordez (partie I), les limites et les autres aspects (partie II), la condition qui vous permet de trancher (synthèse).
- Rédigez l'essai en entier : introduction, développement en deux parties illustrées d'exemples précis, synthèse et conclusion.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1 Idée : chercher le mot qui ferme la question. Le mot-clé est l'adverbe « uniquement ». Sans lui, la question serait « Partir étudier à l'étranger est-il une chance ? », et l'on pourrait répondre par oui ou par non. Avec lui, personne ne conteste que ce départ soit une chance ; on demande s'il n'est que cela, ou s'il comporte aussi des risques, des pertes et des difficultés. Une copie qui ne parle que des avantages, ou que des dangers, traite une autre question que celle qui est posée : c'est d'abord le critère « compréhension et cohérence du développement » qui la sanctionne.
2 Idée : séparer ce qui est admis de ce qui est vraiment en débat. « Il n'est pas demandé si partir étudier à l'étranger est une chance — c'en est une —, mais si ce départ n'apporte que des avantages au jeune qui part. »
3 Idée : le mot restrictif impose l'ordre concession → limites → condition.
- Partie I — on accorde : c'est une chance (formations introuvables chez soi, autonomie, ouverture à d'autres cultures).
- Partie II — mais pas uniquement : le coût, la solitude, le déchirement entre deux mondes, le risque de ne pas revenir.
- Synthèse — la condition : une chance à condition d'être préparée et de garder le lien avec son pays.
4 Essai rédigé (un modèle parmi d'autres ; la position est libre, pourvu qu'elle réponde au mot « uniquement »).
Introduction. Chaque année, des milliers de jeunes Tunisiens poursuivent leurs études supérieures en Europe, au Canada ou ailleurs, et beaucoup de familles voient dans ce départ la promesse d'un avenir meilleur. Étudier à l'étranger, c'est suivre une formation hors de son pays, loin des siens, pendant plusieurs années. Cette expérience est souvent présentée comme une chance ; mais n'est-elle que cela ? Le jeune qui part ne fait-il que gagner à ce départ, ou y risque-t-il aussi quelque chose ? Nous verrons d'abord ce que ce départ peut apporter, puis ce qu'il peut coûter, avant de dire à quelles conditions il reste une chance.
Première partie — une chance réelle. D'abord, partir ouvre l'accès à des formations qui n'existent pas toujours dans son pays : un étudiant en aéronautique, en design ou en médecine vétérinaire peut trouver ailleurs des laboratoires, des stages et des diplômes reconnus dans le monde entier. Ensuite, le départ forme la personne autant que l'esprit : loin de sa famille, le jeune apprend à gérer un budget, à organiser ses journées, à se débrouiller dans une autre langue. Le programme européen Erasmus, qui a permis à des millions d'étudiants de passer une année dans un autre pays, repose sur cette conviction. Enfin, la rencontre d'autres cultures élargit le regard : dans les Lettres persanes, Montesquieu fait voyager deux Persans jusqu'à Paris pour montrer qu'un regard venu d'ailleurs voit ce que l'habitude cache.
Deuxième partie — mais pas uniquement une chance. Cependant, ce départ a un prix. Il coûte cher : frais d'inscription, logement, voyages ; beaucoup d'étudiants travaillent le soir pour payer leur chambre, au détriment de leurs études. Il expose aussi à la solitude : le premier hiver loin des siens, sans les repas de famille ni les amis d'enfance, fait parfois échouer des étudiants pourtant brillants. Enfin, le départ peut devenir un aller simple : quand un pays forme des médecins ou des ingénieurs qui ne reviennent pas, c'est lui qui perd, et l'on parle alors de « fuite des cerveaux ». L'étudiant lui-même peut se retrouver partagé entre deux mondes, comme Samba Diallo dans L'Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, qui, après ses études à Paris, ne se sent plus tout à fait chez lui nulle part.
Synthèse. Ainsi, étudier à l'étranger n'est pas uniquement une chance : c'est une chance qui se prépare et se mérite. Elle le reste lorsque le jeune part avec un projet précis, un budget réaliste et la volonté de garder le lien avec son pays ; elle devient une épreuve lorsqu'on part seulement pour fuir, sans savoir ce que l'on vient chercher.
Conclusion. Le départ pour les études est une porte ouverte, non un billet pour le bonheur : ce qu'il apporte dépend de la manière dont on le vit. La leçon vaut pour tout jeune qui hésite : partir est un choix qui se construit, pas une fuite. Reste une question que chaque pays devrait se poser : comment donner envie à ceux qui sont partis de revenir ?
Barème. La grille officielle du papier Sciences techniques (contrôle 2015) note l'essai ainsi : compréhension et cohérence du développement 5 points, correction linguistique 3 points, originalité et pertinence des exemples 2 points. Un mot-clé mal lu fait perdre d'abord les points de compréhension, quelle que soit la qualité de la langue.