Lire la forme de quatre sujets, puis rédiger l'essai « Pensez-vous, comme lui… ? » (10 points)
A- Lire la forme de la question. Pour chacun des quatre sujets ci-dessous, nommez la forme de la question, dites quel plan elle appelle et rédigez la problématique.
- « Certains pensent que la lecture est une perte de temps pour les jeunes d'aujourd'hui. D'autres, au contraire, y voient le meilleur moyen de se construire. Qu'en pensez-vous ? »
- « La ville offre-t-elle aux jeunes plus de liberté ou, au contraire, les isole-t-elle davantage ? »
- « Pensez-vous que les sorties scolaires soient utiles à la formation des élèves ? »
- « Aujourd'hui, un club achète un joueur comme on achète une voiture. Le sport n'est plus qu'un commerce », affirme Hédi, ancien champion de handball. « Pensez-vous, comme lui, que l'argent ait fait perdre au sport ses valeurs ? »
B- ESSAI (10 points). Rédigez l'essai complet sur le sujet 4, que voici tel qu'il serait posé à l'épreuve. (Hédi est un personnage imaginé pour l'exercice.)
« Aujourd'hui, un club achète un joueur comme on achète une voiture. Le sport n'est plus qu'un commerce », affirme Hédi, ancien champion de handball.
Pensez-vous, comme lui, que l'argent ait fait perdre au sport ses valeurs ?
Développez un point de vue personnel sur la question en vous appuyant sur des arguments et des exemples précis.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
A1 Idée : deux camps sont nommés ; il faut les peser l'un et l'autre avant de choisir. Forme : deux opinions opposées données (« Certains… D'autres, au contraire… Qu'en pensez-vous ? »). Plan : la première opinion et ses raisons, la seconde et ses raisons, puis votre position argumentée. Problématique : « La lecture détourne-t-elle les jeunes de l'essentiel, ou reste-t-elle un moyen irremplaçable de se construire ? »
A2 Idée : l'alternative se traite terme par terme, puis se dépasse. Forme : question alternative (« X ou, au contraire, Y ? »). Plan : I. la ville libère ; II. la ville isole ; synthèse qui montre que les deux coexistent et dit de quoi cela dépend, au lieu de répondre « oui » à l'un des deux termes. Problématique : « La ville est-elle pour les jeunes un espace de liberté, ou un lieu où l'on vit seul au milieu de la foule ? »
A3 Idée : aucune opinion n'est donnée ; c'est à vous de la choisir. Forme : question simple (« Pensez-vous que… ? »). Plan : l'une des trois prises de position — favorable (oui, elles sont utiles), défavorable (non, elles font perdre du temps) ou nuancée (utiles à condition d'être préparées et exploitées en classe) —, tenue sans contradiction jusqu'au bout. Problématique : « Les sorties scolaires sont-elles une vraie occasion d'apprendre, ou une simple pause dans l'année ? »
A4 Idée : l'opinion a un auteur ; on la discute, on ne la recopie pas. Forme : opinion d'un personnage à discuter (« Pensez-vous, comme lui, que… ? »). Plan : reformuler l'opinion en nommant celui qui la soutient ; exposer ses bonnes raisons ; lui opposer objections et contre-exemples ; prendre position. Problématique : « L'argent a-t-il vraiment vidé le sport de ses valeurs, comme le pense Hédi, ou celles-ci survivent-elles à côté du commerce ? »
B Essai rédigé (un modèle parmi d'autres).
Introduction. Transferts de joueurs à plus de cent millions d'euros, stades rebaptisés du nom d'un sponsor, droits de télévision vendus aux enchères : jamais le sport n'a brassé autant d'argent. Hédi, ancien champion de handball, en tire une conclusion amère : « Le sport n'est plus qu'un commerce. » Les valeurs du sport, ce sont l'effort, le respect de l'adversaire et des règles, l'esprit d'équipe, le plaisir du jeu. L'argent les a-t-il vraiment fait disparaître, comme il le pense, ou ces valeurs survivent-elles à côté du commerce ? Nous examinerons d'abord ce qui donne raison à Hédi, puis ce qui rend son jugement trop sévère, avant de préciser notre position.
Première partie — ce qui donne raison à Hédi. Il est vrai que l'argent a transformé le sport. D'abord, le joueur est devenu une marchandise : on l'achète, on le revend, on le prête, et il change de club au gré des offres plutôt que par attachement à un maillot. Ensuite, l'appât du gain pousse à tricher : le dopage, qui promet des victoires et donc des contrats, a fait tomber de grands champions, comme le cycliste Lance Armstrong, privé en 2012 de ses sept victoires au Tour de France ; les matchs truqués pour les paris ont touché le football comme le tennis. Enfin, l'argent creuse les inégalités : les clubs les plus riches achètent les meilleurs joueurs et gagnent presque toujours, ce qui retire au jeu une part de son incertitude.
Deuxième partie — mais les valeurs n'ont pas disparu. Pourtant, ce constat ne dit pas tout. D'abord, l'argent n'efface pas l'effort : aucun contrat ne remplace des années d'entraînement, et les champions que l'on admire le plus restent ceux qui se sont construits par le travail, comme le nageur Oussama Mellouli, double champion olympique, ou Ons Jabeur, partie des courts tunisiens pour disputer les finales des plus grands tournois. Ensuite, le sport garde ses gestes de respect : on a vu des athlètes attendre un adversaire tombé ou soutenir un concurrent épuisé jusqu'à la ligne d'arrivée. Enfin, l'argent peut servir les valeurs : il finance des centres de formation, le sport féminin et le handisport, et permet à des jeunes de milieux modestes de vivre de leur talent. Surtout, le sport professionnel n'est pas tout le sport : dans les quartiers et les clubs amateurs, des milliers de bénévoles font vivre le jeu sans rien gagner.
Synthèse. Ainsi, Hédi a raison de dénoncer un sport devenu marché, mais il a tort d'en conclure que les valeurs ont disparu : elles reculent là où l'argent devient le seul but, elles résistent là où il reste un moyen au service du jeu.
Conclusion. L'argent a changé le visage du sport sans en tuer l'esprit : l'effort, le respect et le plaisir de jouer dépendent moins des sommes en jeu que de ceux qui pratiquent et encadrent le sport. Reste à savoir jusqu'où les fédérations accepteront de laisser l'argent décider des résultats.
Ce que vérifie le correcteur : le jugement de Hédi est reformulé et attribué ; ses bonnes raisons sont exposées honnêtement avant d'être discutées ; l'essai généralise au lieu de raconter l'anecdote du joueur vendu « comme une voiture ». Le corrigé officiel de 2022 (section Lettres) le rappelle : « L'essai n'est pas un prolongement du texte ».