Masar
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Bac Tunisie
Entraîner la reconnaissance
GU-ALa guerre et la violence de l'Histoire

Questions : la guerre vue de l'arrière

Idée directrice

Le récit ne se passe pas au combat : il montre ce que la guerre fait à ceux qui restent. La compréhension demande alors trois choses dans cet ordre — nommer une conséquence de la guerre sur la population, la prouver par un indice relevé, puis identifier le procédé d'écriture qui fait sentir la peur au lecteur.

Signature de reconnaissance — l'énoncé se trahit ainsi

« La guerre a des conséquences néfastes sur la vie de la population. Citez-en deux que vous justifierez à l'aide d'indices textuels » ; « Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui traduit l'angoisse » ; « Justifiez votre réponse par deux indices textuels »

Sujet principal

Étude de texte — compréhension (7 points)

4 questionsCorrigé masqué

I - ÉTUDE DE TEXTE (10 points). A- Compréhension (7 points).

« Depuis que l'armée avait pris les hommes du village, Zohra comptait les jours à la craie sur le mur de la cuisine. Le pain avait doublé de prix, puis triplé ; elle apprit à faire durer un sac de farine trois semaines. Le soir, quand le grondement des obus arrivait de la vallée, elle chantait plus fort pour couvrir le bruit, et sa fille croyait que c'était le tonnerre. Un matin, un camion s'arrêta devant la maison des voisins ; Zohra ne sortit pas. Elle resta debout derrière la porte fermée, la main sur la clé, à écouter. Ce jour-là, elle comprit que la guerre n'était pas au loin : elle était déjà entrée dans la rue, puis dans la cour, puis dans les gestes de chaque heure. »

  1. La guerre a des conséquences néfastes sur la vie des civils restés au village. Citez-en deux que vous justifierez à l'aide d'indices relevés dans le passage. (2 points)
  2. Pourquoi l'arrêt du camion devant la maison des voisins bouleverse-t-il Zohra ? (2 points)
  3. « elle chantait plus fort pour couvrir le bruit » : que fait Zohra pour protéger sa fille de la peur ? (2 points)
  4. Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui traduit l'angoisse de Zohra. (1 point)

Le passage ci-dessus a été écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.

Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche

1 — Nommer, puis prouver. Deux conséquences suffisent, et chacune doit être adossée à un relevé. La pénurie et la cherté : « Le pain avait doublé de prix, puis triplé » et « faire durer un sac de farine trois semaines ». La perte des hommes et du travail : « l'armée avait pris les hommes du village ». Une réponse qui nomme la conséquence sans l'indice ne prend que la moitié du point ; l'indice seul, recopié sans être nommé, ne prend rien.

2 — Ce que le camion annonce. Zohra ne voit pas la mort d'un proche : elle voit qu'elle peut la subir à son tour. Les voisins sont des gens comme elle, et le malheur qui les frappe prouve qu'aucune distance ne la protège. C'est la peur qui change de nature — d'un danger lointain elle devient une menace de rue.

3 — Le geste de protection. Elle couvre le bruit des obus par sa voix pour que sa fille prenne le grondement pour un orage : elle fabrique une explication supportable. C'est une réponse de comportement, pas de sentiment ; le correcteur attend l'acte (« elle chante plus fort », « elle reste derrière la porte, la main sur la clé »).

4 — Relever, nommer, expliquer l'effet. Trois mouvements pour un seul point. Relevé : « elle était déjà entrée dans la rue, puis dans la cour, puis dans les gestes de chaque heure ». Procédé : une gradation, appuyée par la répétition de « puis ». Effet : la guerre se rapproche par paliers jusqu'à occuper l'intime, et le lecteur éprouve le resserrement au lieu qu'on le lui explique. La personnification (« la guerre… était entrée ») est également recevable si l'effet est expliqué.

Exercices d'entraînement — une nuance à la fois

Entraînement 01 / 02

Drill GU-A.1 — Deux paysages opposés : le front et le village

3 questionsCorrigé masqué

A- Compréhension (7 points). Passage écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.

« La tranchée n'était plus qu'une rigole de boue où l'eau montait aux chevilles. Devant, la plaine : des arbres coupés à hauteur d'homme, des trous pleins d'une eau immobile, une odeur qui restait dans la laine des manteaux. Quand la lettre de sa mère arrivait, Salah la lisait deux fois. Alors revenaient le figuier de la cour, l'ombre bleue du mur à midi, le bruit du seau contre la margelle. Rien de tout cela n'existait plus pendant qu'il lisait ; et tout revenait dès qu'il repliait la feuille. »

  1. Le narrateur oppose le paysage du village natal à celui du champ de bataille. Qu'est-ce qui caractérise chacun d'eux ? Justifiez par deux indices relevés. (2 points)
  2. Quelles conséquences la lecture des lettres a-t-elle sur Salah ? Citez-en deux. (2 points)
  3. Plusieurs procédés d'écriture expriment l'horreur de la guerre dans le premier paragraphe. Relevez-en et expliquez-en deux. (3 points)
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1 — Deux séries à opposer terme à terme. Le front est fait de matières détruites et informes : « une rigole de boue », « des arbres coupés à hauteur d'homme », « une eau immobile ». Le village est fait de repères vivants et familiers : « le figuier de la cour », « l'ombre bleue du mur à midi », « le bruit du seau contre la margelle ». La réponse doit apparier les deux séries, pas décrire l'une puis l'autre sans lien.

2 — Deux conséquences. La lettre suspend le paysage de guerre : « Rien de tout cela n'existait plus pendant qu'il lisait ». Elle ranime le pays d'avant, donc à la fois la consolation et le manque, puisque tout revient dès qu'il replie la feuille. Une seule des deux ne suffit pas : la question demande explicitement deux effets.

3 — Deux procédés, deux effets. Énumération : « des arbres coupés…, des trous pleins…, une odeur qui restait » — l'accumulation empêche le regard de se poser et donne l'impression que la destruction n'a pas de fin. Comparaison implicite / réduction : « des arbres coupés à hauteur d'homme » ramène le paysage à la taille des corps mutilés, et fait sentir que c'est la vie humaine qui a été taillée. On accepte aussi le détail sensoriel de l'odeur « qui restait dans la laine », qui montre que l'horreur colle au soldat jusque dans ses vêtements.

Barème typique : 1 point par procédé relevé et nommé, 0,5 pour l'effet — l'effet est la moitié qu'on oublie.

Entraînement 02 / 02

Drill GU-A.2 — Ce que voit celui qui raconte

4 questionsCorrigé masqué

A- Compréhension (7 points). Passage écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.

« On nous avait dit trois jours. Le douzième, la file devant la citerne s'allongeait encore. Les civils ne parlaient plus des combats : ils parlaient de l'eau, du pain, de la route du sud, et de qui avait une voiture. J'ai vu un homme céder sa place à une vieille femme, et j'ai vu, le même jour, deux voisins se disputer un bidon. Je n'ai su lequel des deux souvenirs raconter en rentrant. »

  1. Sur quel constat le passage s'ouvre-t-il ? Relevez un indice qui justifie votre réponse. (2 points)
  2. Comment le conflit modifie-t-il les préoccupations quotidiennes des habitants ? Donnez deux éléments de réponse. (2 points)
  3. « Je n'ai su lequel des deux souvenirs raconter en rentrant. » Que révèle cette phrase sur la difficulté de témoigner ? (2 points)
  4. Relevez et nommez un procédé d'écriture qui rend compte de l'attente. (1 point)
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1 — Le constat d'ouverture. La promesse d'une guerre courte est démentie : « On nous avait dit trois jours. Le douzième, la file … s'allongeait encore. » L'indice attendu est ce couple de dates, pas une paraphrase générale sur la durée.

2 — Le déplacement des préoccupations. Les habitants ne parlent plus des opérations mais de la survie matérielle : « ils parlaient de l'eau, du pain, de la route du sud ». Second élément : la solidarité devient une question de moyens — « et de qui avait une voiture ».

3 — La difficulté de témoigner. Le narrateur a vu, le même jour, un geste de générosité et une dispute pour un bidon. Choisir l'un des deux, c'est déformer ce qu'il a vu : témoigner honnêtement obligerait à dire les deux à la fois. La phrase avoue donc que le récit de guerre trie toujours, et que ce tri est déjà une interprétation.

4 — Le procédé de l'attente. « Le douzième » succédant à « trois jours » installe une antithèse chiffrée ; l'imparfait duratif (« s'allongeait », « parlaient ») étire le temps. Nommer l'un des deux et dire son effet — la durée qui s'enlise — suffit au point.

Méthode / Automatismes
  • Une conséquence + un indice relevé : les deux, à chaque fois.
  • Recopier la ligne entière ne vaut pas relevé — découper l'indice utile.
  • Pour la question de procédé : relever, nommer, dire l'effet sur le lecteur.
  • Rédiger des phrases complètes : l'épreuve exige une réponse rédigée, pas des mots.
Pièges classiques

L'erreur la plus coûteuse est de raconter la guerre en général au lieu de lire le passage : les conséquences demandées sont celles que le récit imprime, pas celles qu'on sait par ailleurs. Second piège : nommer un procédé sans dire ce qu'il produit — la moitié du point tombe.