Étude de texte — compréhension (7 points)
I - ÉTUDE DE TEXTE (10 points). A- Compréhension (7 points).
« Depuis que l'armée avait pris les hommes du village, Zohra comptait les jours à la craie sur le mur de la cuisine. Le pain avait doublé de prix, puis triplé ; elle apprit à faire durer un sac de farine trois semaines. Le soir, quand le grondement des obus arrivait de la vallée, elle chantait plus fort pour couvrir le bruit, et sa fille croyait que c'était le tonnerre. Un matin, un camion s'arrêta devant la maison des voisins ; Zohra ne sortit pas. Elle resta debout derrière la porte fermée, la main sur la clé, à écouter. Ce jour-là, elle comprit que la guerre n'était pas au loin : elle était déjà entrée dans la rue, puis dans la cour, puis dans les gestes de chaque heure. »
- La guerre a des conséquences néfastes sur la vie des civils restés au village. Citez-en deux que vous justifierez à l'aide d'indices relevés dans le passage. (2 points)
- Pourquoi l'arrêt du camion devant la maison des voisins bouleverse-t-il Zohra ? (2 points)
- « elle chantait plus fort pour couvrir le bruit » : que fait Zohra pour protéger sa fille de la peur ? (2 points)
- Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui traduit l'angoisse de Zohra. (1 point)
Le passage ci-dessus a été écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1 — Nommer, puis prouver. Deux conséquences suffisent, et chacune doit être adossée à un relevé. La pénurie et la cherté : « Le pain avait doublé de prix, puis triplé » et « faire durer un sac de farine trois semaines ». La perte des hommes et du travail : « l'armée avait pris les hommes du village ». Une réponse qui nomme la conséquence sans l'indice ne prend que la moitié du point ; l'indice seul, recopié sans être nommé, ne prend rien.
2 — Ce que le camion annonce. Zohra ne voit pas la mort d'un proche : elle voit qu'elle peut la subir à son tour. Les voisins sont des gens comme elle, et le malheur qui les frappe prouve qu'aucune distance ne la protège. C'est la peur qui change de nature — d'un danger lointain elle devient une menace de rue.
3 — Le geste de protection. Elle couvre le bruit des obus par sa voix pour que sa fille prenne le grondement pour un orage : elle fabrique une explication supportable. C'est une réponse de comportement, pas de sentiment ; le correcteur attend l'acte (« elle chante plus fort », « elle reste derrière la porte, la main sur la clé »).
4 — Relever, nommer, expliquer l'effet. Trois mouvements pour un seul point. Relevé : « elle était déjà entrée dans la rue, puis dans la cour, puis dans les gestes de chaque heure ». Procédé : une gradation, appuyée par la répétition de « puis ». Effet : la guerre se rapproche par paliers jusqu'à occuper l'intime, et le lecteur éprouve le resserrement au lieu qu'on le lui explique. La personnification (« la guerre… était entrée ») est également recevable si l'effet est expliqué.