Essai (10 points) — dans la forme des sujets nationaux
II - ESSAI (10 points). « Une plainte de femme, atroce, interminable, monta jusqu'à l'aigu. »
Des scènes de guerre sont diffusées à longueur de journée sur les écrans et les réseaux. Cette profusion d'images n'entraîne-t-elle pas la banalisation de ce fléau ? Ne devient-on pas de moins en moins sensible aux horreurs subies par les civils ?
Vous développerez votre point de vue sur cette question en vous appuyant sur des arguments et des exemples précis. Une copie complète comporte une introduction, un développement en deux mouvements et une conclusion.
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Introduction — amener sans se prononcer. Aucune époque n'a montré autant de conflits armés qu'un flux continu d'écrans en montre aujourd'hui : ce qui se passe à mille kilomètres arrive dans la main en quelques secondes. On ouvre sur ce fait, pas sur son opinion.
Définition des termes et idée générale. Banaliser, c'est faire d'un fait exceptionnel une routine ; la profusion, c'est le nombre et la répétition. La question porte donc sur un effet de quantité : ce n'est pas l'image de la guerre qui est en cause, c'est sa répétition.
Problématique. Voir sans cesse la guerre nous apprend-il à la refuser, ou nous habitue-t-il à la supporter ?
Thèse — la répétition émousse. Un premier argument tient à l'habituation : ce qui revient chaque soir cesse d'être un événement, et le spectateur passe au sujet suivant sans que rien ait bougé en lui. Un deuxième tient au cadrage : l'image coupée, sans avant ni après, montre un effet sans sa cause, et une souffrance sans nom se retient mal. Un troisième tient au voisinage : la même minute enchaîne un bombardement et une publicité, et ce montage met les deux au même rang. Exemple : un bilan chiffré de victimes annoncé entre deux rubriques n'arrête plus personne, alors qu'une seule photographie d'enfant, en 1972 comme en 2015, a suffi à déplacer l'opinion d'un pays.
Antithèse — sans image, rien ne se sait. L'argument inverse est aussi fort. Sans images, les atrocités restent des rumeurs : ce sont des reportages qui ont imposé au monde ce que des gouvernements niaient. L'image donne aussi un visage à des civils qui, dans un communiqué, ne sont qu'un nombre. Enfin elle sert de preuve : les tribunaux internationaux jugent sur des documents que quelqu'un a pris le risque de rapporter.
Synthèse — trancher sans annuler. Ce n'est donc pas l'image qui banalise, c'est l'image sans récit. Une photographie accompagnée d'un nom, d'une date et d'une explication oblige à comprendre ; la même, jetée dans un défilement infini, ne fait qu'occuper l'œil. La responsabilité se déplace du support vers l'usage qu'on en fait, celui du média comme celui du spectateur qui choisit de s'arrêter.
Conclusion — la leçon, puis l'ouverture. Regarder n'est pas un acte neutre : cela s'apprend, comme on apprend à lire. Reste à savoir si l'école, qui enseigne à lire un texte, enseigne aussi à lire une image de guerre.