Essai (10 points) — les différences et le partage
II - ESSAI (10 points). « Mais mon statut d'étranger accentuait précisément mon malaise… »
Pensez-vous que les différences sociales, culturelles et autres puissent constituer un obstacle au partage entre les hommes ?
Vous développerez à ce propos un point de vue personnel étayé par des arguments pertinents et des exemples précis. Critères : compréhension et cohérence du développement (4 points), correction linguistique (4 points), originalité et pertinence des arguments et des exemples (2 points).
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
Introduction — amener. L'humanité a connu assez de conflits pour qu'on puisse douter qu'une culture commune soit à portée ; et pourtant, les gestes d'entraide traversent les frontières tous les jours.
Définir et poser l'idée générale. Partager, ce n'est pas donner : c'est mettre en commun une chose que les deux côtés peuvent utiliser. Une différence est un écart de condition, de langue ou d'usage. La question est donc de savoir si l'écart empêche la mise en commun, ou seulement la complique.
Problématique. Ce qui nous sépare rend-il le partage impossible, ou est-ce précisément ce qui lui donne son prix ?
Thèse — les différences font obstacle. Premier argument : la langue, d'abord ; sans mots communs, l'entraide se réduit à des gestes et l'on ne partage pas ce qui s'explique. Deuxième : l'écart de condition installe une position haute et une position basse, et la générosité y devient une dette — celui qui reçoit ne peut pas rendre. Troisième : les usages diffèrent au point que le même geste change de sens d'un pays à l'autre, et un accueil sincère peut être lu comme une intrusion. Exemple : le malaise du voyageur qui refuse un service parce qu'il redoute l'image qu'il donnerait.
Antithèse — l'écart est la condition du partage. Premier argument : on ne partage que ce que l'autre n'a pas ; entre semblables, il n'y a qu'un échange. Deuxième : la différence oblige à expliquer, donc à comprendre soi-même ce que l'on transmet. Troisième : l'histoire des sciences, des cuisines et des langues est celle d'emprunts entre gens qui ne se ressemblaient pas. Exemple : les mots qu'une langue prend à une autre et qu'elle finit par croire siens.
Synthèse. L'obstacle n'est donc pas la différence mais la hiérarchie qu'on installe dessus. Deux personnes que tout sépare partagent sans peine dès lors qu'aucune ne se croit en position de donner : c'est l'inégalité, non l'écart, qui ferme les portes.
Conclusion. Ce que le raisonnement laisse : la question du partage est une question d'égalité avant d'être une question de ressemblance. Reste à savoir si une société peut organiser cette égalité, ou si elle dépend toujours de gestes privés.