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Fahmio
Fahmio
Bac Tunisie
PA-DPartage

Épreuve complète Lettres (6 + 4 + 10) sur un texte de solitude et de partage

Idée directrice

Le papier Lettres est une seule chaîne de 20 points : trois questions de compréhension entièrement rédigées (6 points), un bloc de langue en trois items dont les phrases viennent du texte (4 points), puis un essai (10 points) qui part d'une citation de ce même texte. Le récit de partage avance en trois temps — un manque dit au conditionnel, les sentiments qu'il fait naître, une idée du bonheur que le dernier paragraphe formule en image — et l'essai met ce mouvement en débat, souvent autour d'un mot absolu comme « toujours ».

Ce qui aide à reconnaître la démarche

« Toute réponse doit être entièrement rédigée » ; « Pour quelle raison … aurait-il voulu … ? Justifiez votre réponse par un indice relevé dans le premier paragraphe » ; « Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui rend compte de ce sentiment » ; « Dans le dernier paragraphe, quelle idée … se fait-il du bonheur ? » ; « construisez une phrase complexe par subordination exprimant un rapport de cause » ; « Transformez cette phrase à la forme emphatique en mettant en relief l'élément souligné » ; « À votre avis, … toujours … ? »

Besoin d’un point de départ ? Voir la méthode
  • Lire le texte une fois à fond : la compréhension suit l'ordre des paragraphes, la langue en reprend les phrases, l'essai en cite une.
  • Question 1 : la raison se reformule ; l'indice se prend dans le paragraphe que la consigne désigne.
  • Question 2 : un sentiment, puis un procédé relevé, nommé et relié à ce sentiment.
  • Question 3 : l'idée du bonheur s'énonce comme une vérité générale ; l'image du texte s'explique, elle ne se recopie pas.
  • Langue : synonyme de même classe et de même sens ; cause par une conjonction de subordination suivie de l'indicatif ; mise en relief par « c'est … qui » quand l'élément est sujet, « c'est … que » sinon.
  • Essai : repérer le mot absolu (« toujours ») ; il appelle une réponse nuancée, pas un oui ou un non.
Les pièges à vérifier dans ta démarche

Prendre l'indice de la question 1 hors du premier paragraphe ; nommer un procédé sans dire quel sentiment il fait sentir ; recopier la phrase de la jarre au lieu de dire l'idée du bonheur. En langue, « car » n'est pas une subordination, et « C'est le silence du vendredi que lui pesait » confond « qui » et « que ». Dans l'essai, raconter la vie de Si Hamadi au lieu de discuter la question, ou oublier le mot « toujours ».

Sujet principal

Épreuve de français (section Lettres) — étude de texte (10 points) et essai (10 points)

6 questionsCorrigé masqué

Si Hamadi, ancien potier de Nabeul, vit seul depuis la mort de sa femme. Ses trois fils sont partis travailler à l'étranger.

Il aurait tant aimé qu'un de ses fils reste à Nabeul. Il l'aurait entendu siffler dans la cour, le matin, en ouvrant l'atelier ; il lui aurait appris à centrer¹ l'argile sur le tour, comme son propre père le lui avait appris autrefois ; et le soir, quand ses mains se mettent à trembler sans raison et que la nuit tombe trop vite sur la médina, il aurait eu quelqu'un avec qui partager le pain et le silence. Il n'en demandait pas davantage : un pas dans l'escalier, une voix à table, quelqu'un à qui raconter sa journée avant qu'elle ne s'efface.

Chaque vendredi, fidèle à une habitude que rien ne justifiait plus, il préparait le couscous comme au temps où la maison était pleine. Il posait cinq assiettes, remplissait cinq verres, puis mangeait seul, lentement, sous le regard des chaises vides. Le silence du vendredi lui pesait plus que celui des autres jours. Le lendemain, il portait les restes aux chats de la ruelle. La maison, devenue trop grande, lui renvoyait l'écho de ses pas comme une question que personne n'entendait. À chaque fête, les lettres de ses fils arrivaient, polies et brèves, avec un billet plié en quatre. Il les rangeait dans une vieille boîte à thé sans les relire : ce n'était pas de l'argent qu'il attendait, c'était une voix.

On l'invitait pourtant. Khadija, la voisine, lui faisait porter des beignets par ses petits-enfants ; le vieux Moncef venait frapper à sa porte pour l'emmener au café jouer aux dames. Si Hamadi remerciait de tant de générosité, et refusait toujours. Il avait honte de sa tristesse ; il ne voulait pas l'asseoir à la table des autres. Il fermait sa porte de plus en plus tôt, et la solitude, qu'il avait d'abord subie, devenait peu à peu un choix.

Un soir d'hiver, on frappa. C'était un jeune instituteur, étranger à la ville, dont la voiture était tombée en panne au bout de la ruelle et qui cherchait un téléphone. Il pleuvait. Si Hamadi, sans réfléchir, l'accueillit, alluma le kanoun² et retrouva d'instinct les gestes de l'hospitalité que sa femme avait accomplis pendant quarante ans : une assiette de plus, le meilleur coussin, le thé servi deux fois. Ils parlèrent jusqu'à minuit de Nabeul, des écoles de montagne, de la terre qu'on tourne et qu'on cuit. Le lendemain, quand le jeune homme fut reparti, le vieux potier resta longtemps sur le seuil. Toute sa vie, il avait façonné des jarres pour garder l'huile, l'eau et le grain. Il comprenait, bien tard, que le bonheur ne se garde pas comme l'huile dans une jarre : il ne vit que lorsqu'on le verse dans le verre d'un autre, fût-il un inconnu.

1- centrer l'argile : placer la terre bien au milieu du tour du potier avant de la façonner. 2- kanoun : petit brasero de terre cuite où l'on fait brûler du charbon de bois.

Texte écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.

I- ÉTUDE DE TEXTE (10 points)

A- Compréhension (6 points). Toute réponse doit être entièrement rédigée.

  1. Pour quelle raison Si Hamadi aurait-il voulu qu'un de ses fils reste à Nabeul ? Justifiez votre réponse par un indice relevé dans le premier paragraphe. (2 points)
  2. L'absence de ses fils fait naître chez Si Hamadi plusieurs sentiments.
    1. Donnez-en un.
    2. Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui rend compte de ce sentiment. (2 points)
  3. Dans le dernier paragraphe, quelle idée Si Hamadi se fait-il du bonheur ? (2 points)

B- Langue (4 points)

  1. « Toute sa vie, il avait façonné des jarres pour garder l'huile, l'eau et le grain. »
    1. Donnez un synonyme du verbe en gras.
    2. Utilisez le synonyme trouvé dans une phrase personnelle. (1,5 point)
  2. Si Hamadi avait honte de sa tristesse. Il refusait les invitations de ses voisins. À partir de ces deux propositions, construisez une phrase complexe par subordination exprimant un rapport de cause. (1,5 point)
  3. « Le silence du vendredi lui pesait plus que celui des autres jours. » Transformez cette phrase à la forme emphatique en mettant en relief l'élément en gras. (1 point)

II- ESSAI (10 points)

« Il fermait sa porte de plus en plus tôt, et la solitude, qu'il avait d'abord subie, devenait peu à peu un choix. »

Comme Si Hamadi, de nombreuses personnes âgées vivent aujourd'hui loin des leurs.

À votre avis, la solitude empêche-t-elle toujours d'être heureux ?

Vous développerez, à ce propos, un point de vue personnel en vous appuyant sur des arguments et des exemples précis.

Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche

A1 Idée : la consigne impose le premier paragraphe ; la raison est un besoin de présence, pas d'argent. Si Hamadi aurait voulu qu'un de ses fils reste près de lui pour ne pas vieillir seul : avoir une présence le soir, quand son corps faiblit, quelqu'un avec qui manger et parler, et un héritier à qui transmettre son métier de potier. Indice (un seul suffit) : « il aurait eu quelqu'un avec qui partager le pain et le silence » ; « un pas dans l'escalier, une voix à table, quelqu'un à qui raconter sa journée » ; « il lui aurait appris à centrer l'argile sur le tour ». Barème indicatif : 1 point pour la raison reformulée, 1 point pour l'indice. Un indice pris dans un autre paragraphe (« sous le regard des chaises vides ») ne rapporte pas le point de la justification.

A2.a Idée : un seul sentiment est demandé ; le nommer d'un mot juste. La solitude, la tristesse, le sentiment de vide ou de manque. On accepte aussi l'amertume devant les lettres « polies et brèves » de ses fils.

A2.b Idée : relever, nommer, puis dire comment le procédé fait sentir le sentiment choisi. Un seul procédé est attendu, par exemple :

  • la personnification « sous le regard des chaises vides » : les chaises semblent l'observer ; l'absence des fils devient une présence muette qui rend sa solitude plus pesante ;
  • la comparaison « lui renvoyait l'écho de ses pas comme une question que personne n'entendait » : la maison ne lui rend que son propre bruit, comme un appel sans réponse — image du vide et de l'isolement ;
  • l'antithèse « ce n'était pas de l'argent qu'il attendait, c'était une voix » : l'argent envoyé s'oppose à la voix espérée ; rien ne remplace la présence, d'où le manque et l'amertume ;
  • la répétition « cinq assiettes, remplissait cinq verres, puis mangeait seul » : le nombre répété, opposé au mot « seul », fait mesurer l'écart entre la table d'autrefois et la solitude présente.

Barème indicatif : 0,5 pour le sentiment, 0,5 pour le relevé exact et le nom du procédé, 1 pour l'explication qui relie le procédé au sentiment.

A3 Idée : dire l'idée par une phrase générale, puis expliquer l'image qui la porte. Pour Si Hamadi, le bonheur n'est pas un bien qu'on possède et qu'on met de côté : il n'existe que lorsqu'on le donne et qu'on le partage, même avec un inconnu, et il tient à des gestes simples — une assiette de plus, un thé, une conversation. L'image finale le dit : « le bonheur ne se garde pas comme l'huile dans une jarre : il ne vit que lorsqu'on le verse dans le verre d'un autre, fût-il un inconnu ». Le potier, qui a fabriqué toute sa vie des récipients pour conserver, découvre que le bonheur obéit à la règle inverse. Barème indicatif : 1 point pour l'idée reformulée, 1 point pour l'explication de l'image ou pour la nuance « fût-il un inconnu ». Recopier la dernière phrase sans la reformuler ne donne que la moitié des points.

B1.a Idée : un synonyme de même classe (un verbe) et de même sens dans la phrase. « façonné » signifie ici fabriqué à la main en donnant forme à la matière : modelé, fabriqué, formé. « Cuit » ou « vendu » désignent une autre action ; « façon » est un nom.

B1.b Idée : garder le sens du texte dans une phrase à soi. « Le sculpteur a modelé un visage dans la glaise. » ou « Mon grand-père fabriquait lui-même ses paniers en osier. » Le temps est libre si la conjugaison est correcte ; une phrase où le mot a un autre sens ne rapporte rien.

B2 Idée : repérer la cause (la honte), puis l'introduire par une conjonction de subordination suivie de l'indicatif. « Si Hamadi refusait les invitations de ses voisins parce qu'il avait honte de sa tristesse. » On accepte : « Comme il avait honte de sa tristesse, Si Hamadi refusait les invitations de ses voisins. » (« comme » en tête de phrase), ainsi que « puisque », « étant donné que », « vu que ». Ne répondent pas à la consigne : « car » ou « en effet » (coordination), « à cause de sa honte » (groupe nominal), et la phrase qui inverse le rapport (la honte devenue conséquence du refus).

B3 Idée : l'élément à mettre en relief est le sujet du verbe, donc « c'est … qui ». « C'est le silence du vendredi qui lui pesait plus que celui des autres jours. » On accepte « C'était le silence du vendredi qui… » et le détachement « Le silence du vendredi, voilà ce qui lui pesait plus que celui des autres jours. » « C'est le silence du vendredi que lui pesait… » est faux : « que » reprend un complément, non un sujet. Le temps de « pesait » ne change pas.

II — Essai Idée : le mot « toujours » déplace la question : il ne s'agit pas de savoir si la solitude rend parfois malheureux, mais si elle empêche dans tous les cas le bonheur ; il appelle une réponse nuancée.

Introduction. Amorce : l'allongement de la vie et le départ des jeunes vers les grandes villes ou vers d'autres pays laissent de plus en plus de personnes âgées vivre seules. Définition : la solitude est l'état de celui qui vit sans la compagnie des autres ; elle peut être subie ou choisie. Problématique : la solitude est-elle forcément un obstacle au bonheur, ou peut-on être heureux seul ?

Première partie — la solitude rend souvent malheureux. L'homme est un être social : il a besoin d'être reconnu, écouté, aimé ; privé de ces liens, il s'étiole. L'isolement peut même tuer : pendant la canicule de l'été 2003, la France a compté près de 15 000 morts de plus que d'ordinaire, surtout des personnes âgées, dont beaucoup vivaient seules. Enfin, une joie qu'on ne peut communiquer à personne perd de sa saveur : c'est ce que découvre Si Hamadi, pour qui le bonheur ne vit que « dans le verre d'un autre ».

Deuxième partie — mais elle n'empêche pas toujours d'être heureux. Choisie, la solitude permet de se retrouver, de réfléchir, de créer : Montaigne s'est retiré dans la tour de son château pour écrire les Essais ; dans la « Cinquième promenade » des Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau décrit le bonheur parfait qu'il a goûté, presque seul, sur l'île de Saint-Pierre. À l'inverse, être entouré ne garantit rien : on peut se sentir seul dans une famille indifférente ou au milieu de centaines d'« amis » virtuels.

Troisième partie — une réponse nuancée. Tout dépend de la nature de la solitude : subie, elle ronge ; choisie et passagère, elle peut rendre heureux. Encore faut-il que les autres restent accessibles : Montaigne lui-même quitta sa tour pour devenir maire de Bordeaux, et Si Hamadi, enfermé par honte, retrouve la joie le soir où il ouvre sa porte.

Conclusion. On peut connaître des moments heureux dans la solitude, mais un bonheur durable suppose de pouvoir, quand on le veut, rejoindre les autres. Ouverture : nos sociétés vieillissantes sauront-elles inventer de nouvelles façons d'entourer leurs aînés ?

Changer d’énoncé, garder le raisonnement

Choisis un seul transfert après le sujet principal. Qu’est-ce qui change ? Quel résultat ou quelle méthode peux-tu réutiliser ? Les autres exercices restent disponibles pour une prochaine séance.

Variantes rencontrées : la compréhension demande aussi deux effets ou deux qualités relevés dans un paragraphe désigné, deux réactions contradictoires avec leur procédé, ou l'argument qu'un personnage avance, justifié par une phrase du texte ; en langue, le synonyme est à trouver dans un paragraphe donné ou à réemployer dans un sens différent, et les transformations tournent entre discours indirect avec un début imposé, voix active et passive, formes emphatique et neutre, cause et conséquence ; l'essai part d'une citation du texte et pose une question fermée (« À votre avis… ? », « Pensez-vous que… ? », « De nos jours… ? ») sur le partage, l'aide à autrui ou la solitude. Papiers Lettres de ce type : contrôle 2022, principales 2023 et 2024.

Exercices d'entraînement — une nuance à la fois

1 Drill PA-D.1 — Épreuve complète : la nuit de la crue (langue : sens différent, voix passive, discours indirect)
Entraînement 01 / 02

Drill PA-D.1 — Épreuve complète : la nuit de la crue (langue : sens différent, voix passive, discours indirect)

6 questionsCorrigé masqué

Épreuve complète (section Lettres). Texte écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.

Janvier, dans une petite ville au bord de la Medjerda. Après trois jours de pluie, le fleuve est sorti de son lit pendant la nuit.

Lalla Mabrouka fut la première à ouvrir sa porte. Sa maison, bâtie en haut de la butte, était de celles que l'eau n'atteindrait pas. Veuve depuis vingt ans, elle n'avait jamais été riche ; elle disait seulement que la pauvreté n'empêche pas d'avoir deux mains. Cette nuit-là, pieds nus dans la boue, elle tendait une lampe à chaque famille qui montait le chemin et comptait les enfants à voix haute pour n'en oublier aucun.

Les autres maisons de la butte restèrent longtemps closes. Derrière les volets, on entendait des radios, des voix, parfois une toux ; personne ne sortait. Le pharmacien, qui avait deux étages et un groupe électrogène¹, éteignit même sa lumière quand les premières familles arrivèrent devant chez lui, comme si l'obscurité pouvait le rendre invisible. Chacun gardait pour soi sa chaleur, son pain et sa peur.

Vers deux heures du matin, Lalla Mabrouka alla frapper chez lui. Elle ne cria pas. Elle dit seulement, assez fort pour que toute la rue l'entende : « Je ne laisserai personne dormir dehors cette nuit. Ta maison est plus grande que la mienne. » Il y eut un long silence. Puis la porte s'ouvrit.

Au matin, la rue n'était plus la même. Les hommes avaient porté les matelas à dos d'âne jusqu'à la butte ; les femmes cuisaient le pain dans le four de Lalla Mabrouka et le partageaient sans compter ; les adolescents, dans l'eau jusqu'à la taille, allaient chercher les vieillards qui refusaient de quitter leur maison. Le pharmacien accueillait les malades dans son salon et distribuait lui-même ses médicaments. Personne ne parla de générosité : on parlait de pain, de couvertures, de l'eau qui baissait. Le soir, un jeune homme demanda à Lalla Mabrouka pourquoi elle avait ouvert sa porte la première. Elle haussa les épaules : « Parce que j'avais une porte. »

1- groupe électrogène : moteur qui produit de l'électricité quand le courant est coupé.

I- ÉTUDE DE TEXTE (10 points)

A- Compréhension (6 points). Toute réponse doit être entièrement rédigée.

  1. Pour quelle raison Lalla Mabrouka ouvre-t-elle sa porte la première ? Justifiez votre réponse par une phrase du texte. (2 points)
  2. Dans un premier temps, les autres habitants de la butte ont une attitude différente de celle de Lalla Mabrouka.
    1. Quelle attitude adoptent-ils ?
    2. Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui rend compte de cette attitude. (2 points)
  3. Au matin, la solidarité prend plusieurs formes dans la rue. Donnez-en deux. (2 points)

B- Langue (4 points)

  1. « elle tendait une lampe à chaque famille qui montait le chemin »
    1. Donnez le synonyme du verbe en gras dans la phrase ci-dessus.
    2. Construisez une phrase personnelle où le verbe « tendre » aura un sens différent. (1,5 point)
  2. « Les hommes avaient porté les matelas à dos d'âne jusqu'à la butte. » Mettez cette phrase à la forme passive. (1 point)
  3. « Je ne laisserai personne dormir dehors cette nuit. » Transposez cette phrase au discours indirect en la commençant ainsi : Lalla Mabrouka déclara… (1,5 point)

II- ESSAI (10 points)

« Parce que j'avais une porte. »

Pensez-vous qu'il faille attendre une catastrophe pour que les hommes pratiquent l'entraide ?

Vous développerez, à ce propos, un point de vue personnel en vous appuyant sur des arguments et des exemples précis.

Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche

A1 Idée : d'autres maisons de la butte sont à l'abri et restent fermées ; la raison n'est donc pas la seule situation de la maison, mais la conviction de cette femme. Lalla Mabrouka ouvre sa porte la première parce que, pour elle, aider ne demande pas d'être riche : il suffit de pouvoir agir, et sa maison, sur la hauteur, peut accueillir. Phrase attendue : « elle disait seulement que la pauvreté n'empêche pas d'avoir deux mains ». On accepte « Sa maison, bâtie en haut de la butte, était de celles que l'eau n'atteindrait pas. » si la réponse dit qu'elle se sait en mesure d'héberger les sinistrés, et sa réplique finale, « Parce que j'avais une porte. », si la réponse explique que pouvoir accueillir suffit, pour elle, à créer le devoir d'ouvrir.

A2.a Idée : décrire l'attitude, pas seulement la nommer. Les voisins se replient sur eux-mêmes : par peur et par égoïsme, ils restent enfermés et gardent pour eux ce qu'ils ont ; le pharmacien va jusqu'à se cacher.

A2.b Idée : un seul procédé, relevé, nommé, relié à l'attitude. Par exemple :

  • l'énumération « sa chaleur, son pain et sa peur », sous un même verbe « gardait pour soi » : des biens concrets et une émotion sont réunis ; l'égoïsme apparaît comme l'effet de la peur ;
  • la comparaison « comme si l'obscurité pouvait le rendre invisible » : le pharmacien se cache comme un enfant, refusant de voir et d'être vu — une fuite devant son devoir ;
  • l'opposition « on entendait des radios, des voix, parfois une toux ; personne ne sortait » : les maisons sont pleines de vie, et pourtant personne ne sort — le repli est volontaire.

Barème indicatif : 1 point pour l'attitude, 0,5 pour le relevé et le nom du procédé, 0,5 pour l'explication.

A3 Idée : deux formes différentes, reformulées. Deux parmi : l'hébergement (les matelas portés jusqu'à la butte) ; la nourriture partagée (le pain cuit dans le four de Lalla Mabrouka) ; le sauvetage des plus faibles (les adolescents vont chercher les vieillards) ; les soins (le pharmacien reçoit les malades et donne ses médicaments). 1 point par forme.

B1.a Idée : le sens du verbe dans cette phrase précise. « tendait » signifie ici donnait, présentait : donnait, offrait, présentait.

B1.b Idée : un autre sens du même verbe, pas le même sens dans une autre phrase. « Le pêcheur tend son filet entre deux barques. » (étirer, déployer) ; « Les prix tendent à augmenter en hiver. » (avoir tendance à). Une phrase où « tendre » signifie encore « donner » ne rapporte rien.

B2 Idée : le complément d'objet devient sujet, l'auxiliaire être prend le temps du verbe actif (ici le plus-que-parfait), le participe s'accorde, le sujet devient complément d'agent. « Les matelas avaient été portés à dos d'âne jusqu'à la butte par les hommes. » On accepte « Les matelas avaient été portés par les hommes à dos d'âne jusqu'à la butte. » Coûtent des points : « étaient portés » ou « ont été portés » (changement de temps), « porté » sans accord, l'oubli du complément d'agent.

B3 Idée : trois changements après un verbe introducteur au passé simple — la subordonnée en « que », les pronoms, les temps et les repères de temps. « Lalla Mabrouka déclara qu'elle ne laisserait personne dormir dehors cette nuit-là. » « je » devient « elle » ; le futur « laisserai » devient le conditionnel « laisserait » (futur dans le passé) ; « cette nuit » devient « cette nuit-là ». Barème indicatif : 0,5 par changement correct (subordonnée et pronom, temps, repère).

II — Essai Idée : la question contient une thèse implicite — la solidarité ne naîtrait que dans le malheur ; on la discute avant de trancher.

Introduction. Amorce : après chaque inondation ou chaque séisme, on voit des inconnus porter secours à d'autres inconnus. Problématique : faut-il qu'un malheur frappe pour que les hommes s'entraident, ou la solidarité peut-elle vivre au quotidien ?

Première partie — la catastrophe réveille la solidarité. Le danger commun fait tomber l'indifférence et les différences : après le séisme du Haouz, au Maroc, en septembre 2023, des convois de citoyens ont apporté vivres et couvertures aux villages de montagne ; en 2011, des familles de Ben Guerdane ont hébergé des réfugiés venus de Libye. Le texte le montre aussi : il a fallu la crue pour que le pharmacien ouvre sa porte.

Deuxième partie — mais l'entraide existe sans catastrophe. Des bénévoles donnent leur temps toute l'année : le Croissant-Rouge tunisien, les Restos du cœur fondés par Coluche en 1985. Des traditions l'inscrivent dans la vie ordinaire : la touiza, travail collectif au service d'une famille, ou les plats échangés entre voisins pendant le ramadan. Et l'élan né d'une catastrophe retombe souvent avec elle.

Troisième partie — une réponse nuancée. La catastrophe révèle et amplifie une solidarité qu'elle ne crée pas : celle de Lalla Mabrouka existait avant la crue. Pour durer, l'entraide doit être cultivée au quotidien.

Conclusion. Il ne faut pas attendre le malheur pour s'entraider, même s'il en donne souvent le signal. Ouverture : comment faire durer, une fois le danger passé, l'élan qui unit les hommes dans l'épreuve ?

2 Drill PA-D.2 — Épreuve complète : l'argument qui convainc (langue : synonyme dans le texte, voix active, conséquence)
Entraînement 02 / 02

Drill PA-D.2 — Épreuve complète : l'argument qui convainc (langue : synonyme dans le texte, voix active, conséquence)

6 questionsCorrigé masqué

Épreuve complète (section Lettres). Texte écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.

Dans son atelier de la médina de Tunis, Am Tijani fabrique des ouds depuis cinquante ans. Il n'a jamais voulu accueillir d'apprenti.

Quand Si Béchir poussa la porte de l'atelier, suivi d'un garçon maigre qui serrait un cahier contre sa poitrine, Am Tijani ne leva pas les yeux de la table d'harmonie¹ qu'il ponçait. Il savait déjà ce qu'on allait lui demander. Depuis des années, des parents lui amenaient leurs fils ; il les renvoyait tous avec la même phrase : « Mon métier ne s'apprend pas, il se vole avec les yeux, et je ne laisse pas un étranger voler chez moi. » Personne n'avait jamais insisté.

– Ne le congédie pas comme les autres, dit Si Béchir. Écoute-le au moins. Karim n'a pas de père, et sa mère fait des ménages pour payer l'école. Il ne réclame pas de salaire : il demande à apprendre.

– Tout le monde demande à apprendre.

– Pas comme lui. Il fabrique des instruments avec des boîtes de conserve et du fil de pêche ; tout le quartier l'entend. Et toi, qui fera sonner tes ouds quand tes mains ne pourront plus ? Tu as passé ta vie à donner une voix au bois. Veux-tu que ton savoir se taise avec toi ? Ton maître ne t'a jamais fait payer une leçon, Tijani. Ce qu'il t'a donné ne t'appartient pas : tu n'en es que le gardien.

Am Tijani posa son papier de verre. Il regarda longtemps le garçon, puis ses propres mains, noueuses, tachées de colle. Il revit l'atelier de son maître, rue du Pacha, l'entraide des artisans qui se prêtaient leurs outils d'une boutique à l'autre, et les trois années qu'il avait passées à balayer les copeaux avant d'avoir le droit de toucher un rabot. Le vieil homme ne lui avait jamais rien demandé en échange ; sa générosité était une règle, non une faveur. Il répétait que le savoir est la seule richesse qui grandit quand on la partage.

– Montre-moi tes mains, dit-il enfin.

Karim les avança. Am Tijani les retourna, en tâta les doigts, puis lui posa dans la paume un morceau de mûrier.

– Demain, sept heures. Tu balaieras. Et si tu tiens un mois, je t'apprendrai à écouter le bois.

Le garçon voulut remercier ; aucun mot ne vint. En sortant, il se retourna : derrière la vitre poussiéreuse, le vieux luthier avait repris son travail, mais il ne ponçait plus. Il regardait la porte.

1- table d'harmonie : planche de bois très mince qui fait résonner les cordes de l'instrument.

I- ÉTUDE DE TEXTE (10 points)

A- Compréhension (6 points). Toute réponse doit être entièrement rédigée.

  1. Quel argument Si Béchir avance-t-il pour convaincre Am Tijani de prendre Karim comme apprenti ? Justifiez votre réponse par une phrase du texte. (2 points)
  2. Dans ce texte, Am Tijani fait preuve de plusieurs qualités.
    1. Citez-en une.
    2. Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui rend compte de cette qualité. (2 points)
  3. Entre le début et la fin du texte, l'attitude d'Am Tijani envers Karim change. En quoi consiste ce changement ? (2 points)

B- Langue (4 points)

  1. « il les renvoyait tous avec la même phrase »
    1. Trouvez dans le deuxième paragraphe un synonyme du verbe en gras.
    2. Construisez une phrase personnelle avec le synonyme trouvé. (1,5 point)
  2. Am Tijani fut touché par l'insistance de son vieil ami. Transformez cette phrase à la forme active. (1 point)
  3. « Il fabrique des instruments avec des boîtes de conserve et du fil de pêche ; tout le quartier l'entend. » À partir de ces deux propositions, construisez une phrase complexe par subordination exprimant un rapport de conséquence. (1,5 point)

II- ESSAI (10 points)

« le savoir est la seule richesse qui grandit quand on la partage »

Pensez-vous que celui qui possède un savoir ait le devoir de le transmettre aux autres ?

Vous développerez, à ce propos, un point de vue personnel en vous appuyant sur des arguments et des exemples précis.

Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche

A1 Idée : un seul argument est demandé ; le reformuler, puis le prouver par une phrase entière. Plusieurs arguments sont acceptés, un seul suffit : si Am Tijani ne transmet pas son art, celui-ci disparaîtra avec lui — « Veux-tu que ton savoir se taise avec toi ? » ; il a lui-même tout reçu gratuitement de son maître et doit rendre ce qu'il a reçu — « Ton maître ne t'a jamais fait payer une leçon, Tijani. » ; le garçon a du talent et une vraie passion — « Il fabrique des instruments avec des boîtes de conserve et du fil de pêche ; tout le quartier l'entend. » ; il est pauvre et désintéressé — « Il ne réclame pas de salaire : il demande à apprendre. » Barème indicatif : 1 point pour l'argument reformulé, 1 point pour la phrase.

A2.a Idée : une qualité que le texte montre, non une qualité supposée. L'exigence (la rigueur du maître), l'amour de son métier, la reconnaissance envers son propre maître ; on accepte aussi la sensibilité ou une bonté pudique.

A2.b Idée : le procédé doit correspondre à la qualité choisie. Par exemple :

  • pour l'exigence : les phrases brèves et injonctives « Demain, sept heures. Tu balaieras. », suivies de la condition « si tu tiens un mois » : le ton sec d'un maître qui impose une épreuve avant d'enseigner ;
  • pour l'amour du métier : la métaphore « je t'apprendrai à écouter le bois » : le bois devient une voix vivante ; fabriquer un oud, pour lui, c'est entendre la matière ;
  • pour la bonté pudique : la chute en phrases courtes « mais il ne ponçait plus. Il regardait la porte. » : le geste interrompu trahit l'intérêt qu'il ne dit pas.

Barème indicatif : 0,5 pour la qualité, 0,5 pour le relevé et le nom, 1 pour l'explication.

A3 Idée : décrire deux états et ce qui les sépare. Au début, Am Tijani est fermé et indifférent : il ne lève pas les yeux (« Am Tijani ne leva pas les yeux de la table d'harmonie ») et renvoie tous les candidats. À la fin, il accepte Karim, lui fixe un rendez-vous et s'attache déjà à lui (« il ne ponçait plus. Il regardait la porte »). Entre les deux, le souvenir de son propre maître l'a fait changer. Barème indicatif : 1 point pour les deux états, 1 point pour les indices.

B1.a Idée : la consigne limite la recherche au deuxième paragraphe. Le synonyme est congédier (« Ne le congédie pas comme les autres ») : renvoyer quelqu'un, le faire partir. Un synonyme juste mais absent du paragraphe (« chassait ») ne répond qu'en partie.

B1.b Idée : employer le verbe trouvé dans le même sens. « Le patron a congédié l'ouvrier qui arrivait toujours en retard. » « Renvoyer une lettre à son expéditeur » relève d'un autre sens.

B2 Idée : le complément d'agent devient sujet, le verbe prend le temps porté par « fut » (le passé simple), l'ancien sujet devient complément d'objet. « L'insistance de son vieil ami toucha Am Tijani. » « a touché » ou « touchait » changent le temps.

B3 Idée : la conséquence est ce qui résulte de l'autre fait — ici, tout le quartier entend Karim parce qu'il fabrique des instruments ; la subordonnée de conséquence porte donc sur « tout le quartier l'entend ». « Il fabrique des instruments avec des boîtes de conserve et du fil de pêche, si bien que tout le quartier l'entend. » On accepte « de sorte que », « de telle sorte que » (suivis de l'indicatif). « donc » ou « c'est pourquoi » coordonnent : ils ne répondent pas à la consigne ; « parce que tout le quartier l'entend » inverse le rapport et en fait une cause.

II — Essai Idée : « avoir le devoir » pose une obligation morale ; on examine ce qui la fonde, puis ses limites.

Introduction. Amorce : dans les souks de la médina, des métiers s'éteignent faute d'apprentis. Définition : un savoir est une connaissance ou un savoir-faire acquis par l'étude et l'expérience. Problématique : posséder un savoir oblige-t-il à le partager ?

Première partie — transmettre est un devoir. Tout savoir a d'abord été reçu : d'un maître, d'une école, des générations passées ; le transmettre, c'est rendre ce qu'on a reçu. Un savoir gardé pour soi meurt avec son détenteur : les fabricants de chéchia du souk des Chaouachia, à Tunis, sont de moins en moins nombreux. Enfin, le savoir grandit quand il circule : Newton écrivait « Si j'ai vu plus loin, c'est en me tenant sur les épaules de géants ».

Deuxième partie — mais ce devoir a des limites. Certains savoirs sont dangereux : on ne diffuse pas la fabrication d'une arme. Le savoir-faire d'un artisan ou d'un inventeur est aussi son gagne-pain, et la loi protège son invention par le brevet. Enfin, transmettre suppose un élève qui veut apprendre : on n'enseigne rien à qui ne veut pas recevoir.

Troisième partie — une réponse nuancée. La transmission est un devoir moral plutôt qu'une obligation absolue : elle s'exerce avec discernement, envers qui en fera bon usage, comme Am Tijani qui met son apprenti à l'épreuve avant de lui ouvrir son atelier.

Conclusion. Celui qui sait a le devoir de transmettre, mais il choisit comment et à qui. Ouverture : à l'heure d'Internet, où tout semble accessible, le maître qui transmet garde-t-il sa place ?

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