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Fahmio
Fahmio
Bac Tunisie
PA-EPartage

Questions Lettres : les arguments d'un personnage pour convaincre, puis la leçon ou le bilan tiré de la fin du texte

Idée directrice

Dans les récits de rencontre du papier Lettres, un personnage en persuade un autre — d'accepter une invitation, de lui confier un enfant, d'adopter un objet ou une habitude — et la dernière question demande ce que la scène enseigne. Répondre, c'est changer chaque réplique en raison (« refuser ferait honte à son hôte ») avant de la prouver par un indice, puis énoncer la leçon comme une vérité générale que le récit a préparée, non comme un résumé de la fin.

Ce qui aide à reconnaître la démarche

« Pour convaincre …, … avance divers arguments. Citez-en deux et appuyez votre réponse par un indice textuel se rapportant à chaque argument » ; « Quel argument … avance-t-il pour convaincre … d'accepter son invitation ? » ; « Quels arguments … avance-t-il pour inciter … ? » ; « Au terme de la rencontre …, le narrateur tire une leçon de vie. Laquelle ? » ; « quel bilan … fait-elle de sa vie ? »

Besoin d’un point de départ ? Voir la méthode
  • Repérer qui veut convaincre qui, et de quoi : la consigne le dit (« pour convaincre », « pour inciter »).
  • Un argument est une raison : la reformuler d'abord, puis la prouver par un indice entre guillemets.
  • Deux arguments, ce sont deux raisons différentes, pas deux citations de la même idée.
  • Distinguer la vraie raison d'un refus des prétextes que le personnage avance.
  • Leçon ou bilan : relire le dernier paragraphe, écrire une phrase générale au présent et dire ce qui, dans le récit, y conduit ; un bilan a souvent deux faces (réussite et regret).
Les pièges à vérifier dans ta démarche

Recopier une réplique entière en guise d'argument ; donner deux indices qui disent la même chose ; prendre la fatigue ou la boîte de sardines pour la raison du refus, alors que le narrateur les présente lui-même comme des prétextes ; à la dernière question, résumer la soirée au lieu d'énoncer la leçon, ou donner une morale sans lien avec la fin du texte.

Sujet principal

Étude de texte — compréhension (6 points)

3 questionsCorrigé masqué

I - ÉTUDE DE TEXTE. A- Compréhension (6 points). Toute réponse doit être entièrement rédigée.

Jeune ingénieur tunisois, le narrateur passe un mois dans un village du Sud pour surveiller le forage d'un puits.

Le premier soir du ramadan, j'avais prévu de rompre le jeûne seul dans ma chambre, avec une boîte de sardines et des dattes achetées à Gabès. Au coucher du soleil, on frappa. C'était Am Belgacem, le gardien du chantier, un homme sec au visage tanné, qui venait me chercher pour le repas. Je refusai. J'avais vu sa maison : deux pièces pour sept enfants, un toit de palmes, une chèvre attachée à la porte. Je ne voulais pas manger la part de ses enfants. Je lui dis que j'étais fatigué, que j'avais déjà de quoi dîner, et je lui montrai mes sardines comme une preuve.

Am Belgacem regarda la boîte et se mit à rire.

– Chez nous, on ne laisse pas un étranger rompre le jeûne seul. Si tu restes dans ta chambre ce soir, demain tout le village dira que la maison de Belgacem a fermé sa porte à un hôte. Tu veux me faire honte ?

Je balbutiai que je ne voulais déranger personne.

– Déranger ? Ma femme a cuisiné pour toute la maison. Nous sommes neuf à table, tu seras le dixième, et la chorba¹ ne se mesure pas à la cuillère : quand il y en a pour neuf, il y en a pour dix. Et puis tu viens de loin, tu nous raconteras Tunis. Mes enfants n'ont jamais vu la mer.

Je le suivis. On m'accueillit sur la natte, à la place d'honneur, près de la porte ouverte sur la nuit. Il y avait la chorba, du pain de tabouna² encore chaud, un plat de pois chiches ; les enfants ne quittaient pas mes mains des yeux et riaient chaque fois que je me brûlais. Je parlai de la mer, du port de La Goulette, des bateaux qui partent pour Marseille. Le plus petit s'endormit contre mon épaule. Quand je voulus glisser un billet sous l'assiette, Am Belgacem le repoussa d'un geste si calme que j'eus honte de l'avoir sorti.

Je rentrai bien après minuit. Sur la table de ma chambre, la boîte de sardines m'attendait ; je ne l'ouvris jamais. J'étais venu dans ce village pour apporter de l'eau à des gens qui en manquaient, et je m'étais cru, en arrivant, le seul à avoir quelque chose à offrir. Ce soir-là, l'homme le plus pauvre que j'eusse jamais rencontré avait partagé avec moi sa table, ses enfants et la moitié de sa nuit, sans rien attendre en retour. Et mon refus, que j'avais cru délicat, n'avait été qu'une façon de le priver du plaisir de donner.

1- chorba : soupe épaisse servie à la rupture du jeûne. 2- tabouna : four de terre cuite ; par extension, le pain qu'on y cuit.

Passage écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.

  1. Pourquoi le narrateur refuse-t-il d'abord l'invitation d'Am Belgacem ? Justifiez votre réponse par un indice textuel. (2 points)
  2. Pour convaincre le narrateur d'accepter son hospitalité, Am Belgacem avance divers arguments. Citez-en deux et appuyez chacun par un indice textuel. (2 points)
  3. Au terme de cette soirée, le narrateur tire une leçon de vie. Laquelle ? (2 points)
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche

1 Idée : le narrateur donne lui-même des prétextes ; la vraie raison est ce qu'il a vu. Il refuse parce qu'il ne veut pas être une charge pour une famille pauvre et nombreuse : manger chez Am Belgacem, ce serait prendre la nourriture des enfants. Indice : « Je ne voulais pas manger la part de ses enfants » ou « deux pièces pour sept enfants, un toit de palmes, une chèvre attachée à la porte ». La fatigue et les sardines sont des prétextes — le texte le signale par « Je lui dis que… » ; les donner comme raison, c'est rester à la surface du texte. Barème indicatif : 1 point pour la raison, 1 point pour l'indice.

2 Idée : un argument est une raison ; on la formule avec ses propres mots avant de citer. Deux arguments parmi trois :

  • l'hospitalité est un devoir d'honneur : refuser ferait honte à Am Belgacem devant tout le village — « on ne laisse pas un étranger rompre le jeûne seul », « Tu veux me faire honte ? » ;
  • un convive de plus ne prive personne : le repas est prévu pour toute la famille et se partage sans peine — « quand il y en a pour neuf, il y en a pour dix » ;
  • l'invité apporte lui aussi quelque chose : des nouvelles de la capitale et de la mer, que les enfants ne connaissent pas — « tu nous raconteras Tunis. Mes enfants n'ont jamais vu la mer ».

Barème indicatif : 0,5 par argument reformulé, 0,5 par indice qui le prouve. Recopier deux répliques sans dire quelle raison elles avancent ne rapporte que la moitié des points ; deux indices du même argument (« Tu veux me faire honte ? » et « la maison de Belgacem a fermé sa porte à un hôte ») ne comptent que pour un.

3 Idée : la leçon s'énonce comme une vérité générale, au présent, puis se rattache à la fin du texte. La générosité ne dépend pas de la richesse : l'homme le plus pauvre que le narrateur ait jamais rencontré a donné plus que celui qui venait apporter de l'eau. Refuser un don par délicatesse peut blesser celui qui l'offre ; accepter est parfois la meilleure façon de le respecter, puisqu'un refus le prive « du plaisir de donner ». Le renversement final le montre : le narrateur, qui se croyait « le seul à avoir quelque chose à offrir », est celui qui a reçu. Barème indicatif : 1 point pour la leçon formulée en termes généraux, 1 point pour son ancrage dans le dernier paragraphe. Un résumé de la soirée n'est pas une leçon.

Changer d’énoncé, garder le raisonnement

Choisis un seul transfert après le sujet principal. Qu’est-ce qui change ? Quel résultat ou quelle méthode peux-tu réutiliser ? Les autres exercices restent disponibles pour une prochaine séance.

Variantes rencontrées : l'argument est demandé seul et justifié par une phrase du texte (« Quel argument … avance-t-il pour convaincre … d'accepter son invitation ? »), par deux avec un indice chacun (« Citez-en deux et appuyez votre réponse par un indice textuel se rapportant à chaque argument »), ou par deux sans indice (« Quels arguments … avance-t-il pour inciter … ? ») ; la question de clôture demande une leçon de vie, le bilan qu'un personnage fait de sa vie, l'idée qu'il se fait du bonheur ou le message de l'auteur. Arguments d'un personnage : Lettres principale 2017, contrôles 2022 et 2023 ; question de clôture : Lettres principales 2018, 2022 et 2024, contrôle 2024.

Exercices d'entraînement — une nuance à la fois

1 Drill PA-E.1 — « Quels arguments … pour inciter … ? Donnez-en deux » : reformuler chaque raison
Entraînement 01 / 02

Drill PA-E.1 — « Quels arguments … pour inciter … ? Donnez-en deux » : reformuler chaque raison

3 questionsCorrigé masqué

A- Compréhension. Passage écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.

Depuis la mort de sa femme, Am Tahar vit seul dans la grande maison familiale, au cœur de la médina de Sousse.

Am Tahar n'occupait plus que la cuisine et une chambre ; le salon et les quatre autres chambres dormaient sous des draps blancs. Un dimanche, en lui servant le café, sa petite-fille Nour se lança.

– Grand-père, deux filles de ma promotion dorment dans un garage, à Sahloul. Elles viennent de Kasserine ; ici, ce sont des étrangères, elles ne connaissent personne. Toi, tu as quatre chambres fermées.

Am Tahar reposa sa tasse si brusquement que le café déborda.

– Tu veux que je loge des inconnues chez moi, à mon âge ?

– Des inconnues qui feraient tes courses et te rapporteraient tes médicaments de la pharmacie. Tu te plains que personne ne partage plus tes repas : le soir, tu aurais quelqu'un avec qui regarder le journal. Et rappelle-toi, grand-mère n'a jamais laissé un étudiant du village dormir dehors. Cette maison a toujours eu la porte ouverte ; c'est toi qui l'as fermée.

Le vieil homme se tut longtemps. Il regardait les draps blancs sur les fauteuils du salon, comme s'il les voyait pour la première fois.

– Elles savent préparer le café, au moins ? demanda-t-il enfin.

Nour éclata de rire : la partie était gagnée.

  1. Quelle réaction la proposition de Nour suscite-t-elle d'abord chez son grand-père ? Justifiez votre réponse par un indice du texte.
  2. Quels arguments Nour avance-t-elle pour inciter son grand-père à accueillir les deux étudiantes ? Donnez-en deux.
  3. « Elles savent préparer le café, au moins ? » : que révèle cette question sur la décision d'Am Tahar ?
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche

1 Idée : nommer la réaction, puis la prouver. Am Tahar réagit d'abord par la surprise et le refus, presque l'indignation : loger des inconnues lui paraît impensable à son âge. Indice : « Am Tahar reposa sa tasse si brusquement que le café déborda » ou « Tu veux que je loge des inconnues chez moi, à mon âge ? ». La question rhétorique vaut un refus.

2 Idée : la consigne ne demande pas d'indice ; elle demande deux raisons différentes, reformulées. Nour avance quatre arguments ; deux suffisent :

  • les deux étudiantes sont dans le besoin : loin de chez elles, sans personne en ville, elles vivent dans un garage ;
  • la maison a de la place inutilisée : quatre chambres restent fermées ;
  • le grand-père y gagnerait : de l'aide au quotidien (les courses, les médicaments) et de la compagnie contre sa solitude ;
  • ce serait renouer avec la tradition de la maison : sa femme accueillait toujours les étudiants du village, et c'est lui qui a rompu avec cette hospitalité.

Barème indicatif : 1 point par argument. « Elles dorment dans un garage », recopié tel quel, est un fait ; il devient un argument quand on dit ce qu'il prouve — elles ont besoin d'un toit. Deux formulations de la même raison (« il aurait de la compagnie », « il ne serait plus seul ») ne comptent qu'une fois.

3 Idée : lire l'implicite ; la question ne porte pas sur le café. Am Tahar a déjà accepté : il imagine les étudiantes chez lui et formule, par une exigence faussement sévère, sa seule condition. L'humour lui permet de céder sans le dire et de garder sa fierté ; Nour le comprend aussitôt, puisque « la partie était gagnée ».

2 Drill PA-E.2 — « Quel bilan fait-il de sa vie ? » : la réussite d'un côté, le regret de l'autre
Entraînement 02 / 02

Drill PA-E.2 — « Quel bilan fait-il de sa vie ? » : la réussite d'un côté, le regret de l'autre

2 questionsCorrigé masqué

A- Compréhension. Passage écrit pour l'exercice, dans l'esprit des sujets nationaux.

Si Mokhtar, soixante-douze ans, a fondé l'une des plus grandes huileries de Sfax. Il vient de la céder à un groupe étranger.

Pendant quarante ans, Si Mokhtar s'était levé avant l'aube. Il connaissait le cours de l'huile à Tunis, à Milan et à Madrid avant d'avoir bu son café ; il signait, négociait, calculait, relançait. Les dimanches n'existaient pas, les vacances non plus. Quand son frère cadet, ruiné par une mauvaise récolte, était venu lui demander de l'aide, il lui avait répondu qu'il n'était pas une banque. Quand ses enfants l'invitaient à leurs fêtes d'école, il envoyait son chauffeur avec un cadeau. Il se disait qu'il travaillait pour eux, et c'était vrai.

Ce soir, dans la grande villa de la route de Gremda, le dîner est servi pour une seule personne. Ses enfants vivent à Paris et à Montréal ; ils appellent le vendredi, dix minutes, entre deux réunions. Son frère est mort l'hiver dernier sans qu'ils se soient reparlé. Sur le buffet, les photos sont alignées : l'inauguration de l'usine, un trophée de l'exportation, une poignée de main avec un ministre. Sur chacune, il pose seul et ne sourit pas.

Il a tout ce qu'un homme peut souhaiter : une fortune que ses petits-enfants ne dépenseront pas, un nom que toute la ville respecte, une entreprise qui porte encore ce nom. Il sait qu'il a réussi, et il n'en a pas honte. Mais ce soir, pour la première fois, il fait un autre compte, celui de sa générosité : les repas partagés, les mains tendues, les heures données à ceux qu'il aimait. Et ce compte-là, qui ne s'écrit sur aucun registre, lui paraît terriblement maigre.

  1. Qu'est-ce qui caractérise la vie de Si Mokhtar pendant ses années de travail ? Citez deux caractéristiques et justifiez chacune par un indice textuel.
  2. Dans le dernier paragraphe, quel bilan Si Mokhtar fait-il de sa vie ?
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1 Idée : deux caractéristiques distinctes, chacune reformulée puis prouvée. Une vie entièrement consacrée au travail, à un rythme sans répit : « Pendant quarante ans, Si Mokhtar s'était levé avant l'aube », « Les dimanches n'existaient pas, les vacances non plus » ; l'accumulation « il signait, négociait, calculait, relançait » en fait sentir la cadence. Une vie fermée aux autres, même aux plus proches : il refuse son aide à son frère ruiné (« il lui avait répondu qu'il n'était pas une banque ») et se fait remplacer auprès de ses enfants (« il envoyait son chauffeur avec un cadeau »). Barème indicatif : 0,5 par caractéristique, 0,5 par indice.

2 Idée : un bilan a deux colonnes ; la réponse tient les deux, puis dit laquelle pèse le plus ce soir-là. D'un côté, Si Mokhtar est satisfait de sa réussite matérielle et sociale, sans fausse honte : « une fortune que ses petits-enfants ne dépenseront pas, un nom que toute la ville respecte », « Il sait qu'il a réussi, et il n'en a pas honte ». De l'autre, il mesure pour la première fois ce qu'il n'a pas donné — du temps, de l'aide, de l'affection aux siens — et ce second compte lui paraît « terriblement maigre » : il en éprouve du regret. Le vocabulaire de la comptabilité (« un autre compte », « aucun registre ») lui permet de juger sa vie avec les mots du négociant qu'il a été. Barème indicatif : 1 point par face du bilan ; une réponse qui ne voit que l'échec, ou que la réussite, n'a que la moitié des points.

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