Le problème avec fonction réciproque : bijection, expression de f−1, équation g(x)=x, aire entre les deux courbes
Idée directrice
Dans l'exercice 4 du bac, la fonction réciproque arrive toujours par le même chemin : on prouve que f est continue et strictement monotone (donc bijective de I sur f(I)), on expliciteg=f−1 en résolvant y=f(x), on étudie l'équationg(x)=x — qui a les mêmes solutions que f(x)=x — puis on calcule l'aire du domaine entre les deux courbes, symétriques par rapport à la première bissectrice, en n'intégrant qu'une seule des deux fonctions.
Signature de reconnaissance — l'énoncé se trahit ainsi
« Montrer que f possède une fonction réciproque g définie sur … » ; « montrer que pour tout x∈…, g(x)=… » ; « montrer que l'équation g(x)=x admet une solution α sur [a ; b] » ; « tracer Γ′ » ; « aire de la région entre Γ, Γ′ et les droites … ».
EX
Sujet principal
Exercice 4 — problème (7 points), dans l’esprit de la session 2019
4 questionsCorrigé masqué
Énoncé
Soit f la fonction définie sur [0,+∞[ par f(x)=1−e−x et Γ sa courbe dans un repère orthonormé (O,i,j).
Calculer x→+∞limf(x) et interpréter graphiquement.
Montrer que f est dérivable sur ]0,+∞[ et que f′(x)=21−e−xe−x. Dresser le tableau de variation de f.
En déduire que f réalise une bijection de [0,+∞[ sur [0,1[. On note g=f−1 sa fonction réciproque.
Montrer que pour tout x∈[0,1[, g(x)=−ln(1−x2).
Étudier la dérivabilité de g en 0 et interpréter graphiquement pour la courbe Γ′ de g.
Montrer que l'équation g(x)=x admet sur [0,7;0,8] une unique solution α.
Justifier que α est aussi solution de f(x)=x et que Γ et Γ′ se coupent aux points d'abscisses 0 et α.
Vérifier que pour tout x∈[0,1[, −ln(1−x2)=−ln(1−x)−ln(1+x), puis montrer que ∫0αg(x)dx=2α+(1−α)ln(1−α)−(1+α)ln(1+α).
En déduire, en fonction de α, l'aire A du domaine limité par Γ, Γ′ et les droites d'équations x=0 et x=α.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1.ax→+∞lime−x=0, donc x→+∞limf(x)=1 : la droite y=1 est asymptote horizontale à Γ en +∞.
1.bIdée : u est dérivable là où u>0.u(x)=1−e−x>0 pour x>0, donc f est dérivable sur ]0,+∞[ et f′(x)=2u(x)u′(x)=21−e−xe−x>0. f est strictement croissante sur [0,+∞[, de f(0)=0 vers 1 (limite non atteinte).
1.cIdée : continue + strictement monotone ⇒ bijection sur l'image.f est continue et strictement croissante sur [0,+∞[ ; elle réalise donc une bijection de [0,+∞[ sur f([0,+∞[)=[f(0),lim+∞f[=[0,1[.
2.aIdée : résoudre y=f(x) en x. Pour y∈[0,1[ et x≥0 : y=1−e−x⟺y2=1−e−x⟺e−x=1−y2⟺x=−ln(1−y2) (licite car 1−y2>0). Donc
g(x)=−ln(1−x2),x∈[0,1[
2.bg est dérivable sur [0,1[ (composée de fonctions dérivables, 1−x2>0) avec g′(x)=1−x22x, donc g′(0)=0 : Γ′ admet en O une tangente horizontale. (Cohérent : Γ a en O une tangente verticale, f n'étant pas dérivable en 0, et la symétrie par rapport à y=x échange les deux.)
3.aIdée : h=g−id, TVI avec stricte monotonie sur l'intervalle donné. Posons h(x)=g(x)−x. h′(x)=1−x22x−1=1−x2x2+2x−1, positif dès que x>2−1≈0,41 : h est continue et strictement croissante sur [0,7;0,8]. h(0,7)=−ln(0,51)−0,7≈−0,027<0 et h(0,8)=−ln(0,36)−0,8≈0,22>0. L'équation h(x)=0 admet donc une unique solution α∈]0,7;0,8[.
3.bg(α)=α⟺α=f(α) (appliquer f, bijection). Les points communs à Γ et Γ′ sont sur la droite y=x ; ils correspondent aux solutions de f(x)=x sur [0,1[ : x=0 et x=α (pour 0<x<α, h(x)<0 donne g(x)<x<f(x) ; pour α<x<1, g(x)>x).
4.a1−x2=(1−x)(1+x) et ln(ab)=lna+lnb pour a,b>0. Idée : une primitive de ln(1−x) est −(1−x)ln(1−x)−x, une primitive de ln(1+x) est (1+x)ln(1+x)−x (vérifier en dérivant). D'où
4.bIdée : par symétrie autour de y=x, l'aire entre Γ et la bissectrice égale l'aire entre la bissectrice et Γ′. Sur [0,α], g(x)≤x≤f(x), donc A=2∫0α(x−g(x))dx=α2−2∫0αg(x)dx :
A=α2−4α−2(1−α)ln(1−α)+2(1+α)ln(1+α)u.a.
Exercices d'entraînement — une nuance à la fois
01
Entraînement 01 / 02
Drill FR-E.1 — expliciter une réciproque et sa dérivée
3 questionsCorrigé masqué
Énoncé
Soit f la fonction définie sur [0,+∞[ par f(x)=x+1x.
Montrer que f réalise une bijection de [0,+∞[ sur [0,1[.
Expliciter la fonction réciproque f−1 et vérifier que f−1(f(2))=2.
Calculer (f−1)′(21) de deux façons : avec l'expression de f−1, puis avec la formule (f−1)′(y)=f′(x)1 où y=f(x).
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1.f est continue sur [0,+∞[, dérivable avec f′(x)=(x+1)21>0 : strictement croissante, f(0)=0, lim+∞f=1. Bijection de [0,+∞[ sur [0,1[.
2.y=x+1x⟺y(x+1)=x⟺x(1−y)=y⟺x=1−yy (y=1). Donc f−1(x)=1−xx sur [0,1[ ; f(2)=32 et f−1(32)=1/32/3=2.
3.(f−1)′(x)=(1−x)21, donc (f−1)′(21)=4. Autre voie : 21=f(1) et f′(1)=41, d'où (f−1)′(21)=f′(1)1=4.
02
Entraînement 02 / 02
Drill FR-E.2 — intégrer la réciproque plutôt que la fonction
3 questionsCorrigé masqué
Énoncé
Soit f(x)=x sur [0,1] : f réalise une bijection de [0,1] sur [0,1], de réciproque g(x)=x2. On note Γ et Γ′ leurs courbes.
Justifier que Γ et Γ′ se coupent en O et en A(1,1), et que sur ]0,1[ la courbe Γ est au-dessus de Γ′.
Calculer l'aire A du domaine limité par Γ et Γ′ en n'intégrant que g.
Retrouver A en intégrant f−g et comparer.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1.x=x2⟺x=0 ou x=1 ; pour 0<x<1, x2<x<x, donc Γ′ est sous la bissectrice et Γ au-dessus.
2.Idée : symétrie par rapport à y=x.A=2∫01(x−x2)dx=2[2x2−3x3]01=2⋅61=31 u.a.
3.∫01(x−x2)dx=[32x3/2−3x3]01=32−31=31 : même résultat, mais le premier calcul n'a demandé que la primitive d'un polynôme.
Méthode / Automatismes
Bijection : écrire continue et strictement monotone sur I, puis l'image f(I) avec les bornes (atteintes ou limites).
Expliciter f−1 : résoudre y=f(x) en x en gardant la contrainte de domaine (1−y2>0 ici) ; contrôler avec f−1(f(0))=0.
g(x)=x et f(x)=x ont les mêmes solutions ; les points communs de Γ et Γ′ sont sur y=x.
Aire entre Γ et Γ′ : symétrie ⇒2∫(x−g) ou 2∫(f−x) — choisir la fonction que l'on sait intégrer.
Dérivabilité aux bornes : f non dérivable en 0 (tangente verticale) ⟺g′(0)=0 (tangente horizontale).
Pièges classiques
Annoncer la bijection sans la continuité ; expliciter g en oubliant le domaine (x∈[0,1[) ; chercher α par le calcul (impossible) au lieu du TVI ; intégrer f (sans primitive simple) là où g s'intègre ; oublier le facteur 2 de la symétrie, ou intégrer x−g sans avoir justifié le signe.