Exercice — Réflexe myotatique (6 points), dans l'esprit des sessions principales 2017, 2022 et 2025 (Sciences expérimentales)
On se propose de déterminer les circuits nerveux qui assurent la coordination de l'activité de deux muscles antagonistes de la jambe : M1, extenseur, et M2, fléchisseur. On utilise le dispositif du document 1.
Expérience 1. On applique sur le muscle M1 un étirement efficace et on enregistre simultanément la tension de M1 et celle de M2 (document 2).
1) Analysez les résultats de l'expérience 1 afin de dégager l'effet de l'étirement de M1 sur l'activité de chacun des motoneurones α1 et α2. (1 pt)
Expérience 2. On porte sur la fibre Ia1 une stimulation électrique efficace unique et on enregistre en O1, O3 et O4 (document 3). Le temps est compté à partir du début du potentiel d'action enregistré en O1, à l'entrée de la fibre dans la moelle. Le potentiel de repos des motoneurones vaut −70 mV et leur seuil −50 mV.
2) Exploitez le document 3 afin de : (2 pts)
a- identifier les enregistrements obtenus en O1, O3 et O4 ;
b- déterminer le nombre de synapses situées entre la fibre Ia1 et chacun des motoneurones α1 et α2, sachant que le délai synaptique est de 0,6 ms et que la durée de conduction dans la moelle, identique pour les deux voies, est inférieure à un délai synaptique ;
c- préciser la nature de chacune de ces synapses.
3) Au cours de l'étirement de M1, la fibre Ia1 est parcourue par un train de potentiels d'action rapprochés. Expliquez, en exploitant le document 3, pourquoi le motoneurone α1 émet alors des potentiels d'action, et précisez le nombre minimal de potentiels d'action afférents rapprochés nécessaire. (1 pt)
4) Représentez les enregistrements attendus en O1, O2, O3 et O4 à la suite d'un étirement efficace du muscle M2 uniquement. (0,75 pt)
5) Représentez les circuits nerveux reliant les fibres Ia1 et Ia2 aux motoneurones α1 et α2. (0,75 pt)
6) En intégrant les informations précédentes, expliquez la coordination de l'activité des muscles M1 et M2 à la suite de l'étirement de M1. (0,5 pt)
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1. Idée : un muscle ne se contracte que si son motoneurone lui envoie des potentiels d'action ; la tension renseigne donc sur l'activité du motoneurone. D'après le document 2, avant 0,1 s les tensions sont constantes : 12 UA pour M1, 8 UA pour M2 (tonus musculaire). Dès l'étirement de M1, sa tension augmente jusqu'à 34 UA à 0,2 s, puis revient à 12 UA vers 0,32 s : M1 se contracte. Au même moment, la tension de M2 diminue jusqu'à 3 UA puis revient à 8 UA : M2 se relâche. D'où : l'étirement de M1 active le motoneurone α1 et inhibe simultanément le motoneurone α2.
2.a O1 : variation brève de −70 à +30 mV (100 mV) : potentiel d'action sur la fibre Ia1. O3 : après 0,9 ms, dépolarisation locale jusqu'à −62 mV (8 mV), sans potentiel d'action : PPSE. O4 : après 1,5 ms, hyperpolarisation jusqu'à −75 mV (5 mV) : PPSI.
2.b Idée : une latence comprend la conduction et 0,6 ms par synapse traversée ; la conduction durant moins d'un délai, le nombre de synapses est le nombre de délais entiers contenus dans la latence. Vers α1 : 0,6 ≤ 0,9 < 1,2 ms, un seul délai : (liaison monosynaptique, 0,3 ms de conduction). Vers α2 : 1,2 ≤ 1,5 < 1,8 ms, deux délais : . L'écart 1,5 − 0,9 = 0,6 ms vaut exactement un délai synaptique : un interneurone est intercalé entre Ia1 et α2.
2.c Synapse Ia1–α1 : excitatrice (PPSE en O3). Synapse Ia1–interneurone : excitatrice, car l'interneurone doit émettre des potentiels d'action pour agir sur α2. Synapse interneurone–α2 : inhibitrice (PPSI en O4) ; c'est un interneurone inhibiteur.
3. Idée : un PPSE isolé est infraliminaire ; seule la sommation temporelle de PPSE rapprochés atteint le seuil. Un potentiel d'action afférent amène α1 à −62 mV, sous le seuil. Au cours de l'étirement, les PPSE rapprochés s'additionnent : deux donnent 16 mV (−54 mV), encore insuffisant ; trois donnent 24 mV (−46 mV) : le seuil est dépassé et un potentiel d'action naît au cône axonique de α1, puis se propage jusqu'à M1. Nombre minimal : potentiels d'action afférents rapprochés.
4. Idée : le montage est symétrique ; on échange les rôles des deux voies et leurs latences.
- O1 : potentiel de repos (−70 mV), le fuseau de M1 n'étant pas étiré.
- O2 : train de potentiels d'action (−70 → +30 mV) débutant juste après l'étirement de M2.
- O3 (α1) : après 1,5 ms (deux synapses), hyperpolarisation : PPSI, aucun potentiel d'action.
- O4 (α2) : après 0,9 ms (une synapse), dépolarisation : PPSE ; leur sommation fait naître des potentiels d'action.
Sur chaque tracé : axes gradués (d.d.p. en mV, temps en ms), potentiel de repos, instant de l'étirement et latence.
5. Chaque fibre Ia fait une synapse excitatrice directe sur le motoneurone de son propre muscle, et une synapse excitatrice sur un interneurone inhibiteur qui inhibe le motoneurone du muscle antagoniste.
6. L'étirement de M1 excite son fuseau neuromusculaire, d'où un train de potentiels d'action dans Ia1. Par la voie monosynaptique, les PPSE sommés font naître des potentiels d'action dans α1, qui libère de l'acétylcholine au niveau des plaques motrices : M1 se contracte. Par la voie disynaptique, l'interneurone inhibiteur produit des PPSI dans α2, qui cesse d'émettre : M2 se relâche. C'est l'innervation réciproque : le muscle étiré se contracte sans que son antagoniste s'y oppose.