Exercice — Neurophysiologie (7 points), dans l'esprit des sessions principales 2017 et 2022 et de la session de contrôle 2021 (Sciences expérimentales)
On se propose d'étudier le trajet du message nerveux dans le réflexe myotatique, de sa naissance dans le fuseau neuromusculaire jusqu'à la contraction du muscle. On utilise le circuit représenté par le document 1.
Partie A — naissance du message et synapses de la moelle
Expérience 1. On exerce sur le fuseau neuromusculaire (FNM) du muscle E des étirements d'intensités croissantes E1 à E4. On mesure l'amplitude du potentiel de récepteur en O1, ainsi que l'amplitude et la fréquence des potentiels d'action en O2 (document 2). Le potentiel de repos vaut −70 mV et le seuil de la fibre sensitive −50 mV.
| Étirement | E1 | E2 | E3 | E4 |
|---|---|---|---|---|
| Potentiel de récepteur en O1 (mV) | 12 | 24 | 36 | 48 |
| Amplitude des PA en O2 (mV) | aucun PA | 100 | 100 | 100 |
| Fréquence des PA en O2 (PA/s) | 0 | 15 | 40 | 65 |
Document 2 — réponses du fuseau neuromusculaire et de la fibre sensitive.
1) Analysez le document 2 en vue de dégager une propriété du potentiel de récepteur, une propriété du potentiel d'action et le mode de codage du message nerveux sensitif ; précisez le rôle du fuseau neuromusculaire. (1 pt)
Expérience 2. Après un étirement E3 du muscle E, la tension de E passe de 10 à 26 UA tandis que celle du fléchisseur F passe de 7 à 2 UA. On enregistre en O3 un train de potentiels d'action et en O4 une hyperpolarisation de −70 à −76 mV.
Expérience 3. On mesure les concentrations intracellulaires des ions Na⁺ et K⁺ dans les corps cellulaires de α1 et de α2, avant puis après l'injection d'un neurotransmetteur X ou Y dans la fente F1 ou dans la fente F2 (document 3, en unités arbitraires).
| Ion (UA) | α1 et α2 avant injection | α1, X dans F1 | α1, Y dans F1 | α2, X dans F2 | α2, Y dans F2 |
|---|---|---|---|---|---|
| Na⁺ | 10 | 24 | 10 | 10 | 10 |
| K⁺ | 145 | 145 | 145 | 145 | 118 |
Document 3 — concentrations intracellulaires des ions dans les motoneurones.
2) Exploitez le document 3 pour : a- expliquer l'origine des variations des concentrations ioniques ; b- en déduire l'effet de X sur α1 et de Y sur α2 ; c- préciser la nature des synapses S1 et S2. (1,5 pt)
3) En intégrant les résultats des expériences 1 à 3, expliquez la coordination de l'activité des muscles E et F à la suite de l'étirement E3 du muscle E. (1 pt)
Partie B — la jonction neuromusculaire (zone A)
On isole la zone A dans un liquide physiologique contenant des ions Ca²⁺ radioactifs. On porte une stimulation efficace sur l'axone de α1 et on enregistre en O5, sur l'axone près de sa terminaison, et en O6, dans la fibre musculaire (potentiel de repos −85 mV). On recherche la radioactivité dans l'élément présynaptique, on dose l'acétylcholine (ACh) dans la fente et on observe la fibre. Trois toxines T1, T2 et T3 agissent chacune sur un niveau déterminé de la synapse (document 4).
| Exp. | Condition | O5 | Ca²⁺ radioactif dans l'élément présynaptique | ACh dans la fente (UA) | O6 | Fibre |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 4 | stimulation seule | PA | présent | 80 | PA musculaire (−85 → +30 mV) | secousse |
| 5 | T1 ajoutée au liquide | PA | absent | 0 | −85 mV | aucune secousse |
| 6 | T2 déposée dans la fente | PA | présent | 80 | −85 mV | aucune secousse |
| 7 | T3 injectée dans l'élément présynaptique | PA | présent | 0 | −85 mV | aucune secousse |
Document 4 — effets des toxines T1, T2 et T3 sur la transmission dans la zone A.
4) Exploitez le document 4 pour dégager l'effet de chacune des toxines T1, T2 et T3, ainsi que le rôle des ions Ca²⁺ dans la transmission neuromusculaire. (1,5 pt)
5) À partir des informations précédentes et de vos connaissances, expliquez, schéma à l'appui, le mécanisme de la transmission neuromusculaire, depuis l'arrivée du message nerveux dans la terminaison de α1 jusqu'à la contraction de la fibre musculaire. (2 pts)
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1. Idée : chaque ligne du tableau donne une propriété ; ne pas confondre l'amplitude du potentiel de récepteur, qui varie, et celle du PA, qui ne varie pas. D'après le document 2, l'amplitude du potentiel de récepteur augmente proportionnellement à l'intensité de l'étirement (12, 24, 36 puis 48 mV) : le potentiel de récepteur est graduable. Pour E1, une dépolarisation de 12 mV ne suffit pas à atteindre le seuil, situé 20 mV au-dessus du repos : aucun PA. De E2 à E4, les PA ont une amplitude constante de 100 mV : ils obéissent à la loi du tout ou rien. Leur fréquence augmente avec l'étirement (15, 40 puis 65 PA/s) : le message nerveux sensitif est codé en fréquence de potentiels d'action. Le FNM est donc un récepteur sensoriel de l'étirement : il transforme une stimulation mécanique en potentiel de récepteur, puis en message nerveux.
2.a Idée : un ion qui entre ou qui sort signale l'ouverture de canaux chimiodépendants commandés par le neurotransmetteur. D'après le document 3, X injecté dans F1 fait passer le Na⁺ de α1 de 10 à 24 UA (+14 UA) sans modifier le K⁺ ; Y injecté dans F2 fait passer le K⁺ de α2 de 145 à 118 UA (−27 UA) sans modifier le Na⁺ ; Y dans F1 et X dans F2 sont sans effet. X se fixe sur des récepteurs spécifiques de la membrane de α1 qui commandent des canaux chimiodépendants à Na⁺ : entrée de Na⁺. Y se fixe sur des récepteurs spécifiques de α2 qui commandent des canaux chimiodépendants à K⁺ : sortie de K⁺. L'absence d'effet de Y sur α1 et de X sur α2 montre que chaque motoneurone ne porte que les récepteurs d'un seul de ces neurotransmetteurs.
2.b L'entrée de Na⁺ dépolarise α1 : X produit un PPSE. La sortie de K⁺ hyperpolarise α2 : Y produit un PPSI, ce que confirme l'hyperpolarisation de −70 à −76 mV enregistrée en O4 dans l'expérience 2.
2.c S1 est une synapse excitatrice (neurotransmetteur X, libéré par la fibre sensitive) ; S2 est une synapse inhibitrice (neurotransmetteur Y, libéré par l'interneurone I).
3. Idée : suivre les deux voies issues de la même fibre sensitive. L'étirement E3 fait naître dans la fibre sensitive un train de PA de 40 PA/s. Par la voie directe, chaque PA libère X dans F1 : les PPSE se somment sur α1, qui émet un train de PA (O3) ; le muscle E se contracte (10 → 26 UA). Par l'autre voie, la fibre sensitive excite l'interneurone I, qui libère Y dans F2 : α2 est hyperpolarisé (−76 mV en O4) et n'émet plus de PA ; le fléchisseur F se relâche (7 → 2 UA). La contraction du muscle étiré et le relâchement simultané de son antagoniste constituent l'innervation réciproque, qui rend le réflexe efficace.
4. Idée : suivre la chaîne PA → Ca²⁺ → ACh → réponse et repérer le premier maillon manquant. D'après le document 4, l'expérience 4 montre la chaîne complète : PA en O5, entrée de Ca²⁺, 80 UA d'ACh dans la fente, PA musculaire en O6 et secousse. Dans les trois autres expériences, le PA arrive toujours en O5 : aucune toxine n'agit sur la conduction le long de l'axone.
- T1 : pas d'entrée de Ca²⁺, pas d'ACh, pas de réponse : T1 bloque les canaux Ca²⁺ voltage-dépendants de la membrane présynaptique.
- T3 : le Ca²⁺ entre, mais aucune ACh n'est libérée : T3 bloque l'exocytose des vésicules d'ACh.
- T2 : le Ca²⁺ entre et l'ACh est libérée normalement (80 UA), mais la fibre reste à −85 mV : T2 occupe les récepteurs de l'ACh de la membrane postsynaptique sans les activer.
Rôle du Ca²⁺ (expériences 4, 5 et 7) : sans entrée de Ca²⁺ (T1), l'ACh n'est pas libérée ; l'entrée de Ca²⁺ dans l'élément présynaptique est donc indispensable au déclenchement de l'exocytose de l'ACh, mais elle ne suffit pas quand l'exocytose elle-même est bloquée (T3).
5. Idée : un schéma fonctionnel numéroté, avec les sites d'action des toxines, puis la suite des événements jusqu'à la contraction.
- Le PA de α1 arrive dans la terminaison axonique.
- Il ouvre les canaux Ca²⁺ voltage-dépendants : les ions Ca²⁺ entrent dans l'élément présynaptique (étape bloquée par T1).
- Le Ca²⁺ déclenche l'exocytose des vésicules : l'ACh est libérée dans la fente (étape bloquée par T3).
- L'ACh diffuse et se fixe sur ses récepteurs spécifiques de la membrane de la fibre musculaire (étape empêchée par T2) ; les canaux chimiodépendants s'ouvrent et les ions Na⁺ entrent.
- La dépolarisation (potentiel de plaque motrice) atteint le seuil : un PA musculaire naît et se propage le long de la fibre ; il provoque la libération d'ions Ca²⁺ par le réticulum sarcoplasmique, qui permet le glissement des filaments d'actine entre les filaments de myosine : la fibre se contracte.
- L'ACh est hydrolysée par l'acétylcholinestérase et la choline est recaptée par la terminaison, ce qui met fin à la transmission.