Exercice — Neurophysiologie (5 points), dans l'esprit de la session de contrôle 2018 (Mathématiques)
On cherche à préciser le mode d'action d'une substance Z sur les synapses à dopamine de certaines régions de l'encéphale, dont l'activité est associée à la sensation de plaisir.
Expérience 1. On utilise deux lots de rats : le lot 1 (témoin) reçoit une injection de liquide physiologique, le lot 2 une injection de la substance Z à t = 0. On mesure la quantité de dopamine présente dans les fentes synaptiques (dopamine extracellulaire), exprimée en pourcentage de sa valeur initiale (document 1). On enregistre aussi la fréquence des potentiels d'action d'un neurone postsynaptique de ces synapses (document 2).
| Temps après l'injection (min) | 0 | 30 | 90 | 150 |
|---|---|---|---|---|
| Lot 1 : fréquence des PA (PA/s) | 6 | 6 | 6 | 6 |
| Lot 2 : fréquence des PA (PA/s) | 6 | 15 | 9 | 7 |
Document 2 — fréquence des potentiels d'action du neurone postsynaptique.
1) À partir de l'analyse comparée des documents 1 et 2, et en faisant appel à vos connaissances, proposez trois hypothèses quant au mode d'action de la substance Z au niveau de la synapse à dopamine. (1,5 pt)
Expérience 2. On injecte à un troisième lot de rats la substance Z rendue radioactive. La radioactivité est détectée au niveau de la membrane des terminaisons axoniques des neurones à dopamine ; la membrane des neurones postsynaptiques n'est pas marquée.
Expérience 3. Sur des tranches de tissu nerveux, on enregistre l'activité électrique des neurones à dopamine et on mesure, pendant une minute, la quantité de dopamine libérée et celle recapturée par les terminaisons présynaptiques (document 3).
| Conditions | Fréquence des PA des neurones à dopamine | Dopamine libérée (UA) | Dopamine recapturée (UA) |
|---|---|---|---|
| sans Z | 20 PA/s | 250 | 250 |
| en présence de Z | 20 PA/s | 250 | 35 |
Document 3 — activité et fonctionnement des terminaisons présynaptiques à dopamine.
2) Exploitez les résultats des expériences 2 et 3 afin : a- de préciser l'hypothèse à retenir ; b- d'identifier la substance Z ; c- de déduire l'effet de Z sur le fonctionnement de la synapse à dopamine. (2 pts)
Document 4. Chez des rats qui ont reçu de la substance Z chaque jour pendant quatre semaines, la densité des récepteurs à dopamine de la membrane postsynaptique ne représente plus que 62 % de celle des rats témoins. Pour une même quantité de dopamine appliquée dans la fente, le neurone postsynaptique émet environ 4 PA/s chez ces rats, contre 6 PA/s chez les témoins. Laissés libres, ces rats consomment la solution contenant Z en quantités de plus en plus grandes.
3) Exploitez le document 4 pour proposer une explication à l'état de dépendance vis-à-vis de la substance Z. (0,75 pt)
4) Représentez, par un schéma annoté, le fonctionnement de la synapse à dopamine en présence de la substance Z, depuis l'arrivée du potentiel d'action dans la terminaison jusqu'au devenir de la dopamine libérée. (0,75 pt)
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1. Idée : comparer d'abord le lot traité au témoin, puis chercher tous les niveaux de la synapse où une substance peut faire monter la dopamine de la fente. D'après le document 1, chez le lot témoin la dopamine extracellulaire reste constante à 100 %. Chez le lot 2, elle augmente dès l'injection de Z jusqu'à un maximum de 260 % à 30 min (2,6 fois la valeur initiale), puis diminue lentement : 157 % à 90 min et encore 120 % à 150 min. D'après le document 2, la fréquence des PA du neurone postsynaptique suit la même évolution : 6 PA/s chez le témoin, 15 PA/s à 30 min chez le lot 2 (2,5 fois plus), puis 9 et 7 PA/s. Z augmente donc la quantité de dopamine dans la fente et, par suite, l'activité du neurone postsynaptique : la dopamine agit ici comme un neurotransmetteur excitateur. Trois hypothèses :
- H1 : Z favorise l'exocytose de la dopamine par la terminaison présynaptique ;
- H2 : Z s'oppose à la recapture de la dopamine par les transporteurs de la membrane présynaptique ;
- H3 : Z s'oppose à la dégradation enzymatique de la dopamine dans la fente.
Une hypothèse du type « Z se fixe sur les récepteurs postsynaptiques et les active » expliquerait la hausse de la fréquence des PA, mais pas celle de la dopamine extracellulaire.
2.a Idée : le traceur radioactif localise le lieu d'action ; les mesures de l'expérience 3 disent quelle étape est touchée. D'après l'expérience 2, Z se fixe sur la membrane des terminaisons présynaptiques des neurones à dopamine, là où se trouvent les transporteurs de recapture, et non sur la membrane postsynaptique : Z agit au niveau présynaptique. D'après le document 3, en présence de Z, la fréquence des PA des neurones à dopamine reste de 20 PA/s et la dopamine libérée reste de 250 UA : Z ne modifie ni l'activité électrique du neurone présynaptique ni l'exocytose, H1 est rejetée. La dopamine recapturée passe de 250 à 35 UA :
soit une baisse de de la recapture : H2 est retenue. H3 n'est pas nécessaire : la baisse de la recapture suffit à expliquer l'accumulation de dopamine, et Z est retrouvée sur la membrane présynaptique, pas dans la fente.
2.b Z est une drogue qui bloque les transporteurs de recapture de la dopamine : c'est une substance du type de la cocaïne.
2.c La dopamine n'étant presque plus recapturée (215 UA sur 250 restent chaque minute dans la fente), elle s'accumule dans la fente et reste plus longtemps fixée sur ses récepteurs : Z prolonge et amplifie le fonctionnement de la synapse à dopamine, d'où la hausse de la fréquence des PA postsynaptiques et une sensation de plaisir prolongée.
3. Idée : relier la baisse du nombre de récepteurs à la baisse de la réponse pour une même quantité de dopamine. D'après le document 4, la consommation répétée réduit de 38 % la densité des récepteurs à dopamine, et la même quantité de dopamine ne donne plus que 4 PA/s environ au lieu de 6. Avec moins de récepteurs, une partie de la dopamine reste dans la fente sans effet et la sensation de plaisir diminue. Pour retrouver le même effet, l'individu augmente les doses (accoutumance) ; privé de Z, l'activité de ses synapses à dopamine devient trop faible, d'où le besoin de consommer : c'est l'état de dépendance.
4. Le schéma place, dans l'ordre : l'arrivée du PA, l'entrée de Ca²⁺ par les canaux voltage-dépendants, l'exocytose de la dopamine, sa fixation sur les récepteurs postsynaptiques (PPSE puis PA), et la recapture bloquée par Z, qui laisse la dopamine s'accumuler dans la fente.