Question 3 (10 points) — synthèse, dans l'esprit des sessions 2024–2025
Question 3 (10 points). En vous appuyant sur vos connaissances et sur les documents ci-joints, montrez que l'augmentation de la population active est une source de croissance économique, mais qu'elle peut aussi aggraver le chômage.
Document 1 : quelques indicateurs d'une économie (données fictives)
| 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | |
|---|---|---|---|---|---|
| Population active (en milliers) | 4 100 | 4 162 | 4 226 | 4 298 | 4 380 |
| Taux de chômage (en %) | 15,0 | 14,7 | 14,4 | 15,3 | 16,7 |
| PIB (en millions de dinars, prix constants) | 96 000 | 99 170 | 102 540 | 103 780 | 104 400 |
| FBCF (en millions de dinars, prix constants) | 19 200 | 20 330 | 21 330 | 20 960 | 20 250 |
Document 2 : « Depuis deux ans, le ralentissement de l'activité pousse de nombreuses entreprises à geler leurs recrutements : les jeunes qui se présentent pour la première fois sur le marché du travail, sans expérience, en sont les premières victimes. Pourtant, la conjoncture n'explique pas tout. Une partie des diplômés sort de filières dont les débouchés se sont réduits, tandis que des métiers techniques de l'industrie et du numérique peinent à recruter. L'automatisation de nombreuses tâches administratives et la disparition d'activités anciennes modifient durablement la structure des emplois. Enfin, les générations nombreuses qui atteignent l'âge de travailler font croître la population active plus vite que le nombre de postes créés, si bien qu'une reprise de la croissance ne suffirait pas, à elle seule, à absorber tous les nouveaux actifs. »
Texte reconstitué pour l'exercice.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
Idée : le « mais » du libellé impose deux parties ; le plan est donné, il faut le remplir avec des mécanismes et des chiffres tirés du document 1, sans paraphraser le document 2. Barème indicatif, sur le modèle de la grille officielle de 2021 : introduction 1,5 pt ; mobilisation des connaissances 6 pts (3 par partie, illustrations comprises) ; structure du développement 1 pt ; conclusion 1 pt ; présentation 0,5 pt.
Travail préparatoire — exploiter le document 1. Idée : le tableau raconte deux histoires ; on le découpe en deux sous-périodes et on calcule ce qui servira de preuve. Nombre de chômeurs = population active × taux de chômage ; emplois = population active − chômeurs.
- Sur l'ensemble de la période, la population active augmente de (4 380 − 4 100) / 4 100 × 100 ≈ 6,83 % et le PIB en volume de (104 400 − 96 000) / 96 000 × 100 = 8,75 %.
- 2019–2021 : population active +3,07 % (126 000 actifs de plus) ; PIB +6,81 % (taux de croissance de 3,30 % puis 3,40 %) ; chômeurs : 615 000 en 2019 et environ 608 500 en 2021 ; emplois créés : environ 132 500, soit plus que les nouveaux actifs. Le taux de chômage baisse de 15,0 % à 14,4 %.
- 2021–2023 : population active +3,64 % (154 000 actifs de plus, au rythme de 1,70 % puis 1,91 % par an) ; PIB +1,81 % seulement (1,21 % puis 0,60 % : fort ralentissement, sans récession puisque le PIB augmente encore) ; chômeurs : environ 731 500 en 2023, soit environ 122 900 de plus ; emplois créés : environ 31 100 pour 154 000 nouveaux actifs. Le taux de chômage monte à 16,7 %.
- Taux d'investissement = FBCF / PIB × 100 : 20,00 % en 2019, 20,50 %, 20,80 % en 2021, puis 20,20 % et 19,40 % en 2023 ; la FBCF recule de 5,06 % entre 2021 et 2023.
Document 2 — l'idée à en tirer. Deux types de chômage coexistent : un chômage lié au ralentissement de l'activité, qui frappe d'abord les jeunes sans expérience, et un chômage lié à des causes durables (inadéquation des formations, automatisation, population active qui croît plus vite que les emplois).
Introduction (1,5 pt). Amorce et définition (0,5) : la population active regroupe les personnes qui occupent un emploi ou qui en recherchent un, c'est-à-dire la population active occupée et les chômeurs. Elle augmente avec l'arrivée des jeunes générations sur le marché du travail, la hausse du taux d'activité des femmes ou l'allongement de la vie active. La croissance économique désigne l'augmentation soutenue et durable de la production de biens et services, mesurée par le taux de croissance du PIB réel.
Problématique (0,5) : comment l'accroissement de la population active peut-il à la fois nourrir la croissance économique et aggraver le chômage ?
Annonce du plan (0,5) : nous montrerons, dans une première partie, que l'accroissement de la population active contribue à la croissance économique ; dans une seconde partie, qu'il risque d'aggraver le chômage lorsque la création d'emplois ne suit pas.
I. L'accroissement de la population active contribue à la croissance économique (3 pts)
A. Un effet d'offre : davantage de travail, davantage de production. Idée : le travail est un facteur de production ; en augmenter la quantité permet de produire plus, à productivité donnée. Quand les nouveaux actifs trouvent un emploi, la quantité de travail mise en œuvre augmente et la production s'accroît : c'est une croissance extensive, fondée sur l'accroissement des quantités de facteurs. Le document 1 l'illustre entre 2019 et 2021 : la population active augmente de 3,07 %, environ 132 500 emplois sont créés et le PIB en volume progresse de 6,81 %.
B. Un effet de demande : davantage d'actifs occupés, davantage de consommateurs. Les actifs occupés perçoivent des revenus qu'ils dépensent : la consommation des ménages augmente, ce qui incite les entreprises à produire davantage et à investir (effet d'accélération). Entre 2019 et 2021, le taux d'investissement passe de 20,00 % à 20,80 % : les entreprises élargissent leurs capacités de production pour répondre à une demande en hausse. Ces dépenses distribuent à leur tour de nouveaux revenus (effet multiplicateur).
C. Des effets qualitatifs favorables. Une population active jeune et nombreuse est plus mobile et s'adapte plus vite aux nouvelles techniques ; elle élargit la base des cotisations qui financent la protection sociale et agrandit le marché intérieur, ce qui permet des économies d'échelle. Transition : cette contribution suppose toutefois que l'économie crée assez d'emplois pour les nouveaux actifs.
II. Mais l'accroissement de la population active risque d'aggraver le chômage (3 pts)
A. Un déséquilibre quantitatif sur le marché du travail. Idée : le chômage augmente quand l'offre de travail (la population active) progresse plus vite que la demande de travail (les emplois offerts par les entreprises). Entre 2021 et 2023, 154 000 actifs supplémentaires arrivent sur le marché du travail alors que l'économie ne crée qu'environ 31 100 emplois : le nombre de chômeurs augmente d'environ 122 900 et le taux de chômage passe de 14,4 % à 16,7 %. L'emploi a pourtant augmenté : c'est son rythme, inférieur à celui de la population active, qui fait monter le chômage.
B. Un chômage conjoncturel quand l'activité ralentit. Le chômage conjoncturel naît d'un ralentissement de l'activité économique : la demande baisse, les entreprises produisent moins, gèlent les recrutements et licencient ; il est temporaire et se résorbe avec la reprise. Dans le document 1, le taux de croissance du PIB tombe de 3,40 % à 1,21 % puis à 0,60 % et la FBCF recule de 5,06 % : les jeunes qui arrivent sur le marché du travail, sans ancienneté, sont les premiers exclus des embauches (document 2).
C. Un chômage structurel lié à des déséquilibres durables. Le chômage structurel résulte de facteurs permanents : inadéquation entre les qualifications des actifs et les besoins des entreprises, mutations du système productif et progrès technique qui suppriment des emplois, population active durablement supérieure aux emplois offerts. Le document 2 montre des diplômés sans débouchés à côté de métiers techniques qui ne trouvent pas preneurs : une reprise de la croissance ne suffirait pas à absorber ces nouveaux actifs.
Conclusion (1 pt). Synthèse (0,5) : l'accroissement de la population active est une source de croissance tant qu'il se traduit par des emplois, car il augmente à la fois la quantité de travail et la demande. Il devient une source de chômage quand la croissance ralentit (chômage conjoncturel) ou quand les qualifications et la structure de l'économie ne correspondent pas aux nouveaux actifs (chômage structurel).
Ouverture (0,5) : l'amélioration de la qualité du travail, par l'éducation et la formation, ne permettrait-elle pas de transformer ces actifs supplémentaires en source de croissance intensive ?