Étude de texte — compréhension (7 points), dans l'esprit des sessions 2017–2024
I- ÉTUDE DE TEXTE. A- Compréhension (7 points). Toute réponse doit être rédigée et faire l'objet d'un travail de reformulation.
Ils n'ont demandé la permission à personne. En deux ans à peine, les assistants d'intelligence artificielle se sont glissés dans les cartables et sur les tables de chevet des lycéens. Dans la classe de terminale où nous avons suivi les cours pendant une semaine, rares sont les élèves qui n'y ont jamais eu recours pour un exercice de physique, un commentaire ou une lettre de motivation. Certains parents s'en félicitent, d'autres s'en inquiètent, la plupart n'en savent rien.
Leurs défenseurs promettaient beaucoup. Un professeur particulier pour chacun, disponible à minuit comme à l'aube, qui ne se lasse jamais d'expliquer une troisième fois ce qu'on n'a pas compris. Un soutien gratuit, enfin, pour les familles qui n'ont jamais pu payer des cours du soir. Des explications taillées à la mesure de chaque élève, de son rythme, de ses erreurs.
La réalité est moins radieuse. Les enseignants reçoivent désormais des copies qui se ressemblent comme des sœurs jumelles, parfaitement rédigées et parfaitement vides. Car la machine ne se contente pas d'aider : elle fait à la place de l'élève. Celui-ci obtient la réponse avant d'avoir cherché, alors que c'est justement la recherche — le brouillon raturé, l'hésitation, l'erreur corrigée — qui construit l'intelligence. Pire : l'assistant se trompe parfois avec un aplomb désarmant, inventant une date ou une formule que l'élève recopie sans vérifier. À quoi bon apprendre, se demandent déjà certains, si une machine sait tout ?
Faut-il pour autant interdire ces outils ? Ce serait aussi vain que d'interdire les calculatrices. Mieux vaut apprendre à s'en servir. Certains professeurs demandent désormais à l'élève d'expliquer à l'oral le devoir qu'il a rendu ; d'autres font rédiger les brouillons en classe, à la main ; d'autres encore transforment l'assistant en objet d'étude en demandant aux élèves de traquer ses erreurs. L'outil n'est ni un ennemi ni un sauveur : il vaut ce que vaut celui qui l'interroge.
Article écrit pour l'exercice, dans l'esprit des articles de presse proposés aux sujets nationaux.
- Sur quel constat le texte s'ouvre-t-il ? Justifiez votre réponse par une phrase du premier paragraphe. (1,5 point)
- Les défenseurs de ces assistants promettaient beaucoup. Donnez deux bienfaits attendus de ces outils. (2 points)
- L'auteur adresse plusieurs reproches aux assistants d'intelligence artificielle. Citez-en deux en les reformulant. (1,5 point)
- Le dernier paragraphe ouvre une autre voie.
- Quelles solutions l'auteur propose-t-il ? Donnez-en deux. (1 point)
- Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui permet à l'auteur de soutenir son argumentation. (1 point)
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1. Idée : le constat est un fait de départ, que l'auteur ne discute pas encore ; on le reformule en une phrase, puis on cite. Le texte s'ouvre sur un constat : en très peu de temps, et sans aucun cadre officiel, l'usage des assistants d'intelligence artificielle s'est généralisé chez les lycéens. Phrase : « En deux ans à peine, les assistants d'intelligence artificielle se sont glissés dans les cartables et sur les tables de chevet des lycéens. » On accepte aussi « rares sont les élèves qui n'y ont jamais eu recours ». 1 point pour le constat reformulé, 0,5 pour la phrase. La seule recopie de la phrase, sans reformulation, ne rapporte que la justification.
2. Idée : « attendus » désigne les promesses du deuxième paragraphe, pas les résultats du troisième. Deux bienfaits parmi : un accompagnement individuel et permanent, patient à toute heure (« disponible à minuit comme à l'aube, qui ne se lasse jamais d'expliquer ») ; une aide gratuite qui réduit l'écart entre les élèves qui peuvent payer des cours et les autres (« pour les familles qui n'ont jamais pu payer des cours du soir ») ; des explications adaptées au rythme et aux erreurs de chacun. 1 point par bienfait reformulé.
3. Idée : les reproches sont au troisième paragraphe ; « reformulant » interdit de recopier les phrases. Deux reproches parmi : les assistants uniformisent et appauvrissent les devoirs (des copies semblables, bien écrites mais sans pensée personnelle) ; ils dispensent l'élève de chercher, alors que c'est la recherche qui fait apprendre ; ils commettent des erreurs avec assurance, que l'élève recopie sans les vérifier ; ils découragent l'effort d'apprendre. 0,75 point par reproche.
4.a Idée : après les reproches, l'auteur refuse l'interdiction et propose d'apprendre à se servir de l'outil ; les solutions sont les pratiques des professeurs. Deux solutions parmi : faire expliquer oralement le devoir rendu ; faire rédiger les brouillons en classe, à la main ; faire chercher les erreurs de l'assistant, pour apprendre à le critiquer. 0,5 point par solution.
4.b Idée : un procédé qui permet de soutenir l'argumentation est un moyen de convaincre ; on dit donc quel effet il produit sur le lecteur. L'antithèse « parfaitement rédigées et parfaitement vides » : la répétition de l'adverbe rapproche deux qualités contraires et fait éclater l'écart entre la forme impeccable des copies et leur absence de pensée ; le lecteur retient le reproche en une formule. On accepte aussi la question rhétorique « Faut-il pour autant interdire ces outils ? », qui prend le lecteur à témoin et prépare la réponse de l'auteur ; la comparaison « comme des sœurs jumelles » (l'uniformité des copies) ; l'énumération « le brouillon raturé, l'hésitation, l'erreur corrigée », qui rend concret le travail que la machine supprime ; ou la formule « ni un ennemi ni un sauveur », qui ferme le texte sur une position nuancée. 0,5 point pour le relevé et le nom, 0,5 pour l'explication.